LA FIN D’UN RÊVE

Il avait vingt ans
Il l’aimait notre Haïti
Ce seul pays qu’il connaissait
Du matin au soir
Il chantait ses merveilles
Il vivait dans le rêve
Pensant à ce pays de rêve
Que serait notre Haïti demain

Mais le temps a passé
Il a emporté
Les rêves de ses vingt ans

Il avait deux fois vingt ans
Il l’aimait notre Haïti
Soudain la moins attrayante
De ces Antilles dont elle était la perle
Sur chaque sol étranger
Il continuait pourtant de chanter
Des merveilles qui s’estompaient
Il vivait encore son rêve
Pensant à ce pays de rêve
Qui l’accueillerait
A son retour

Mais le temps a passé
Il a emporté
Les rêves de ses deux fois vingt ans

Il avait trois fois vingt ans
Il l’aimait notre Haïti
Il l’aimait avec ou sans ses merveilles
Il l’aimait avec ou sans ses malheurs
Il se réfugiait dans le passé
Pour échapper des affres du présent
Face à un futur trop conditionnel
Il ne rêvait plus pour lui
Pensant à ce pays de rêve
Qu’il souhaitait
Pour les enfants de demain

Mais le temps a passé
Il a emporté
Les rêves de ses trois fois vingt ans

A trois fois et demie vingt ans
Sa terre a tremblé sous ses pieds
Elle a enseveli d’un coup
Sous des décombres
Et dans des fosses communes
Les rêves de ses vingt ans
Les rêves de ses deux fois vingt ans
Les rêves de ses trois fois vingt ans
Réaliste désabusé
Il a vécu l’agonie de sa désillusion
Existerait-il jamais ce pays de rêve
Qu’il souhaitait
Pour les enfants de demain

Question sans réponse
La mort a mis fin à son rêve
Reposez en paix Dr. Chandler
Repose en paix Boris
En dépit des déboires successifs
Nous continuerons d’espérer
Comme toi
Nous continuerons de rêver
Comme toi
Pensant à ce pays de rêve
Que tu souhaitais
Pour les enfants de demain

HENRIOT ST-GERARD, M.D.