Adieu a Ronald B. Joseph, MD par Odlerobert Jeanlouie,MD

Chers collegues,

Comme moi, vous avez entendu la nouvelle de la mort de Ronald Baker Joseph, MD, un medecin assassine a Port au Prince, la semaine derniere, dont les funerailles ont ete celebrees cette semaine.

C'est la meme histoire qui se repete. Le meme refrain sous un autre ton. Ronald a fini a la Faculte de Medecine avec moi. Avant d'etudier la medecine, il avait fait des etudes d'administration et de sciences politiques en Amerique du Sud. Il etait rentre en Haiti pour etudier et pour servir.

Apres sa graduation en medecine, il a refuse de rependre l'avion pour l'etranger. Le depart du regime des Duvalier lui ouvrit l'esprit et lui donna la confiance qu'il pouvait modifier la trajectoire d'un pays a la derive. Il a servi a plusieurs postes adminstratifs, parmi lesquels en tant que directeur de l'ONA.

L'annee derniere, en Juillet, nous nous sommes rencontres a Miami, dans le contexte de la reunion de notre promotion de la Fac. Au moment poignant de nous separer encore une fois, il m'a serre dans ses bras murmurant a mes oreilles: "Odler, tu appartiens a Haiti, tu perds to temps aux Etats Unis. Viens aider a la construction de notre nation. Tu as toutes les quallites pour participer efficacement au success du travail..." Je lui promis qu'on en reparlera.

Apres le seisme et avec les nouvelles elections, son education, son entregent, son experience des gens et du terrain, sa passion pour la cause publique et pour l'avenir du pays haitien le mettaient en bonne position pour acceder a un poste prominent ou il pourrait contribuer de maniere significative a la combite nationale. Ronald a ete assassine en pleine rue, laissant un taxi. Crible de balles par des motocyclistes. Il est mort instantanement; il n'a pas souffert.

Il est parti. Un homme de valeur, un cadre essentiel a laisse le champ de bataille de la reconstruction et du developpement de notre pays. Nous pouvons pardonner ce crime aux tueurs "parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font." Mais le probleme reste entier.

La question qui se pose a tous les intellectuels, professionels, et hommes d'affaires Haitiens (au pays et dans la diaspora) est la suivante: JUSQUES A QUAND? Jusques a quand nous allons nous asseoir sur nos mains et donner feu vert aux primaires et aux malfrats?

"Les choses vont mal dans la cite quand les philosophes ne sont pas rois et quand les rois ne sont pas philosophes" disait Platon, 300 ans avant la naissance du Christ. En Haiti, nous continuons a ignorer ce fait 200 ans apres notre independence.

Dans toutes les democraties du monde, les intellectuels, les professionels, les medias, la bourgoisie financiere et interlope controlent l'acces au pouvoir politique par leur influence, leur education, et leur argent. Par definition et par civisme, ils sont les membres naturels du board of directors de leur pays. Ils le faconnent a leur gout et le delivrent a leur enfants. Ils sont la classe dirigeante.

En Haiti, cette elite intellectuelle, professionelle, affairiste est demissionaire. Elle se complaint des candidats aux elections, mais elle faillit de presenter ses propres alternatives, ses propres choix. Elle ne supporte personnne parce qu'elle ne cherche personne capable de faire le travail. Les demagogues, les incompetents, les malhonnetes tiennent le haut du pave, alors que les valeurs nationales sont ecartees et assasssinees.

Si les Haitiens eduques, professionels, et affairistes, en Haiti et dans la diaspora, qui ont atteint leur quarantaine ou leur cinquantaine avaient realise que c'est maintenant leur tache de choisir ceux qui peuvent et qui doivent diriger leur pays, de la presidence a la section rurale, il est certain que le progres serait a la page une des magazines, en lieu et place des assassinats et de la decheance. Il n'est demande a personne de deranger leur train-train ou douillet quotidien pour preter leurs services aux administrations publiques hatiennes. Il leur suffit de choisir et de supporter par le geste, la parole, les finances ceux qui peuvent et veulent faire le job.

Cette elite demissionaire, maladroite, prompte a se plaindre, c'est toi, c'est vous c'est moi, c'est nous. Jusques a quand?

Qui a dit: "Un peuple a les dirigeants qu'il merite?" Si toi et moi ne fasions pas ce travail de choisir et supporter les dirigeants qui peuvent reparer le gachis, qui pensez vous vont le faire?

"La punition de refuser de contribuer a la vie politique est qu'on finit par etre dirige par ses inferieurs" (Platon).
Et bien sur, ceci inclut: (1) demeurer un exile economique ou politique dans un pays etranger, (2) enterrer nos amis assassines dans les rues.

Paix a l'ame de mon ami Ronald.

Odlerobert Jeanlouie,MD