top of page
logo_edited_edited.jpg

Association Médicale Haïtienne à l’Étranger

Haitian Medical Association Abroad

Search

AMHE Newsletter 354

Updated: Apr 22, 2025


Mutilations sexuelles féminines

L'OMS (Organisation Mondiale de la Sante) indique que « Les mutilations sexuelles féminines recouvrent toutes les interventions incluant l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou autre lésion des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons non médicales ». Elle ajoute encore que ces mutilations n'apportent aucun bénéfice a la santé de l’individu, mais elles sont même préjudiciables aux personnes concernées pour différentes raisons. Le fait d'ôter ou d’endommager des tissus sains, peut entraver le fonctionnement normal du corps, ou peut entraîner de très fortes douleurs avec des conséquences sur la santé d’un individu; De plus, l'accouchement peut devenir plus difficile tout en mettant en danger la vie de l'enfant.


Les faits sont alarmants quand nous savons que plus de 230 million de jeunes filles et de femmes vivantes de nos jours, ont été victimes de ces manipulations génitales, exclusivement dans une trentaine de pays en Afrique, dans le Middle-East, et en Asie ou cette pratique existe encore surtout chez les jeunes filles dès l’enfance jusqu’ à l’âge de 15 ans. C’est une violation flagrante des droits humains de la femme. En 1997, l’UNICEF, OMS et le Fonds des Nations Unies pour la population ont émis une déclaration conjointe, condamnant la pratique des mutilations sexuelles féminines. Depuis, beaucoup d’organisations nationales et internationales luttent contre ces pratiques et travaillent pour leur élimination à travers le monde.


Toutes les procédures qui concernent une ablation partielle ou totale des parties génitales pour des raisons non-médicales, et qui n’ont aucun bénéfice pour les femmes ou les filles, peuvent poser d’immenses problèmes tels que des saignements aigus, des strictures de l’appareil génito-urinaire ou des infections urinaires, des kystes ou des malformations du passage vaginal qui peuvent créer plus tard aussi, des difficultés pour enfanter et un risque très élevé d’enfants mort-nés. Cette violation des droits humains chez les femmes, enlève aux victimes le privilège d’obtenir des soins de santé en toute sécurité, dans une intégrité physique, ou la torture et les traitements cruels sont proscrits.


Ces traitements inhumains dégradent la femme dans leur droit de vivre librement et les mettent à risque de complications et même de mort. Dans plusieurs cas, des chirurgiens et des employés d’hôpitaux ont même été impliqué à ces pratiques inhumaines dans le but d’essayer de démontrer qu’en le pratiquant dans des centres hospitaliers, moins de complications se produiraient. Le WHO (World Health Organisation) a interdit formellement cette pratique.


L’histoire des mutilations est fascinante et c’est un sujet audacieux que je vais essayer d’exposer à partir de faits relates à l’histoire. Une mutilation peut être volontaire et pratiquée pour des raisons religieuses, esthétiques, morales et même hygiéniques. Il est facile pour nous de conceptualiser une circoncision ou une castration et d’accepter les conséquences et les bénéfices, mais l’infibulation (excision) du clitoris ou des lèvres chez une jeune fille ou une femme, l’émasculation totale dans le but d’empêcher une victime de jouir de l’acte sexuel (orgasme), ne parait certainement pas un état de fait qui aurait l’assentiment de tout un chacun. Cependant, ces pratiques sont vues de façon routinière dans quelques pays du Nord-Est de l’Afrique alors qu’elles continuent a fasciner l’esprit humain à travers les âges. Une mutilation, volontaire ou accidentelle d’une partie de l’appareil génital est ambivalente parce qu’elle est révérée ou honnie par choix ou par imposition selon certaines cultures.


Hérodote (484-420 av. J.-C) élabore sur la circoncision et attribue l’origine de cette procédure aux Egyptiens et aux Colchidiens mais c’est Agatharchides, au (2eme siècle .av. J.-C.) qui évoque ces mutilations génitales chez les peuples riverains de la Mer Rouge. Strabon (58 av. J. -C.- 21 après J.-C) et Diodore de Sicile (90-20 av. –J.C.) confirmeraient les dires plus tard. Plus près de nous, c’est Herbert Spencer (1820-1903) qui décrit dans un essaye diverses catégories de mutilations fonctionnelles comme dans la soumission, l’infamie, le deuil, ou des techniques de castration, circoncision, saignée ou scarifications sont décrites. Magigot lui, les classe en mutilations cutanées (peintures, épilations, tatouage) a la face ou sur la tête, sur les membres ou sur les organes génitaux (eunuchisme, castration volontaire etc.


Les mutilations sexuelles déjà décrites comme les circoncisions, l’excision et infibulation sont pratiquées dans de nombreuses sociétés africaines animistes, musulmanes et chrétiennes. Le mot « Circoncision » vient du verbe « circumcidere ou circoncire» et la castration, synonyme de « peritomie = couper autour» ou du grec prothe = prépuce et tomie = ablation ou exérèse). Cette résection est pratiquée à un âge précoce (7 jours chez les juifs), un peu plus tard chez les musulmans mais à l’âge adulte en Afrique et en Océanie d’après les impératifs socioreligieux, hygiéniques ou médicaux. De nos jours les circoncisions sont dictées sous pression médicale spécialement chez les Nord-Américains classifies en trois types fondamentaux (profane, monothéiste, laïque).


Les mutilations féminines peuvent aussi se faire de la naissance à l’âge adulte avec une prédilection pour la petite enfance et la période pré-pubertaire surtout pour la circoncision. Les Egyptiens la réalisaient dès le troisième millénaire de notre ère sur les garçons entre l’âge de 8 à 10 ans et sur les jeunes nubiles mais cette coutume n’était pas impérative car plusieurs individus dont un pharaon dans le nouvel empire sont décrits non-circoncis dans le nouvel empire. Hérodote raconte même que les Egyptiens enseignaient l’art de la circoncision aux Phéniciens et aux Syriens vivant en Palestine. Les prêtres aussi pratiquaient la circoncision pour des raisons hygiéniques. Chez le Hébreux, la circoncision s’appelle « Berith Milah = Alliance avec Dieu », chez les Juifs, la circoncision fait partie du rituel du Judaïsme au huitième jour, à domicile ou en milieu médical, ou même à la synagogue.




Il y a quatre types de mutilations sexuelles chez la femme ou la jeune fille:


  1. Une excision partielle ou totale de la glande du Clitoris (Portion externe et visible du clitoris qui represente la partie sensitive des genitales femelles) et (le prépuce/chapeau du clitoris à l’entour de la glande du clitoris) qui est. aussi sensitif.

  2. Une excision partielle ou totale de la glande du clitoris et les petites lèvres (interieures) de la vulve.

  3. Infibulation consiste à diminuer orifice vaginal par la confection d’une voute a l’aide des lèvres mineures ou majeures et même parfois en utilisant la glande clitoris elle-même ou le prépuce.

  4. Finalement toutes autres procédures a fin non- médiate ou esthétique, comme la “Cautérisation” du vagin, le “Pricking” ou des perforations multiples de l’appareil génital, “piercing” etc.


Le Périnée (Perineum) d’une femme et son appareil génital
Le Périnée (Perineum) d’une femme et son appareil génital

Malheureusement, il n’y a aucun bénéfice dans la pratique de ces diverses mutilations chez les femmes et les jeunes filles. Ces techniques les handicapent et mutilent leur appareil génital en les mettant a grands risques de complications douloureuses accompagnées de saignements aigus, d’infections et d’ épisodes fébriles, de problèmes urinaires, de plaies déhiscentes, de décharges vaginales et même avec un risque de tétanos.


Beaucoup de femmes font face à des troubles de menstruations avec des dysménorrhées, et d’autres problèmes de cicatrisation avec de chéloïdes et des déhiscences. De la résultent une perte de libido et aussi des risques de complications maternelles et fatales durant l’accouchement due à la perte d’élasticité du plancher pelvien. Cela nécessite une délivrance par césarienne. D’autres femmes doivent recourir à des procédures au laser (d’infibulation) pour étancher leur plancher vaginal après de nombreuses interventions qui pourraient leur permettre d’avoir à nouveau une quasi-normale activité sexuelle. Enfin, quelques-unes peuvent développer des problèmes psychologiques comme la dépression ou un problème de “self-estime”, exigeant un long traitement.


Cela ramène en mémoires l’histoire du Dr Denis Mukwege et Professeur Cadiere qui ont dédié leur vie à aider des milliers de femmes dans le Nord-Est africain, dans la région de Kivu, ravage par des gangs armes, toutes victimes des pratiques barbaresques de viol, de torture, de génital mutilation et de crime contre l’humanité dans une guerre fratricide, sauvage et grotesque qui a vu toute une population de six millions périr et encore quatre millions d’autres qui ont pu s’échapper et se disperser dans d’autres pays avoisinants. Ce chirurgien, Dr Denis Mukwege est devenu le lauréat du prix Nobel de la paix en 2018, pour sa compassion à soulager la douleur chez ces femmes-victimes et sa dévotion à réparer leur plancher vaginal a l’hôpital Panzi (KIVU) depuis l’année 1999. Je vous invite à explorer son livre qui décrit un peu son état d’esprit et la confusion dans ce coin du monde.


Le travail de reconstruction du Dr Denis Mukwege a donné espoir a beaucoup de femmes, en leur offrant l’espoir d’une restauration de l’appareil génital féminin dans des conditions difficiles qui rappellent aussi ce que les femmes subissent durant des viols collectifs ou les bébés et les enfants ne sont pas épargnes. Ces femmes, à cause de ces mutilations doivent avoir des procédures répétées pour reconstruire l’ouverture du vagin, exigeant souvent des réouvertures du plancher pelvien pour faciliter les contacts sexuels ou l’accouchement (d’infibulation). Souvent, ce tissue vaginal est suture et ré-manipulé à chaque fois et ces femmes subissent de nouvelles procédures de reconstruction pour « ré-agencer » les tissues du plancher. A force de suturer ce tissu vaginal, nous pouvons réaliser combien il devient de plus en plus difficile à aider ces femmes en détresse. Je ne m’étendrai pas trop sur tous les problèmes psychologiques de dépression, d’anxiété, et de « low self-esteem = « amour-propre ») que ces femmes confrontent journellement.


Ces pratiques de mutilations n’ont aucun bénéfice pour les femmes ou les jeunes filles à qui on les impose, au contraire, elles interfèrent avec leurs naturelles fonctions, et apportent des dommages permanents a leur appareil génital. Elles infligent a ces victimes des complications qui affectent profondément l’appareil génital en entravant leur habilite de porter un enfant à terme et d’enfanter ou de jouir de l’acte sexuel. A noter des douleurs sévères, des saignements excessifs, une inflammation marquée des tissus du plancher pelvien, des infections, problèmes d’infections chronique et de plaies déhiscentes, des chéloïdes, le choc et même la mort.




Images taken from the website “Science Photo Library”
Images taken from the website “Science Photo Library”

Il ne faudrait pas oublier aussi des complications à long-terme avec les infections urinaires, et d’autres problèmes vaginaux comme des décharges, des démangeaisons des vaginites bactériales ou d’autres infections du vagin, déjà mentionnés. Les problèmes sexuels avec douleur (dyspaneuria) et l’insatisfaction sexuelle, les complications de grossesse et d’enfantement nécessitant une césarienne, des couches difficiles mettant en jeu la survie du bébé et le nombre des mort-nés. Les problèmes dans la reconstruction des organes sexuels et les nombreux problèmes psychologiques et psychiatriques.


Pour conclure, il faut rappeler que ces mutilations sexuelles sont pratiquées dès l’enfance jusqu’à l’âge adulte dans trente pays situés dans des territoires des régions du Nord-Est, Ouest et Est de


l’Afrique, dans le Middle East et en Asie ou plus de 200 million de jeunes filles et femmes , encore vivantes se sont vues imposées le « châtiment » de ces pratiques barbaresques. Tenez bien en mémoire, qu’encore plus de trois millions de jeunes filles sont à risque annuellement pour subir un tel châtiment. Nous devrions partout au monde, décrier une telle injustice et coopérer avec les autorités pour protéger ces femmes sans défense, a grand risque. Dans le monde ou nous vivons, cela devrait être une indignation que d’accepter de telle pratique dans nos sociétés.


Des raisons socio-culturelles sont avancées dans ces régions pour justifier ces mutilations comme la peur d’être rejetée par la famille ou la communauté. Ces pratiques sont considérées comme nécessaires, dans ces sociétés car le but est d’éduquer les jeunes filles sur leur sexualité en les préparant à garder leur virginité pour promouvoir une fidélité pré-maritale. Des sectes religieuses revendiquent aussi des raisons qui ne sont en aucun cas trouvées dans les saintes écritures mais de nos jours quelques autorités religieuses favorisent la cessation de ces pratiques. Des médecins ont pratiqué ces mutilations dans le but de gagner pécuniairement ou parce qu’ils ou qu’elles font partie de ces sectes religieuses et sous le prétexte que les complications seraient moindres. Il est très encourageant maintenant de voir que même ces médecins commencent à prôner pour l’abandonnement de ces pratiques de mutilations genitales. Une résolution en 2008 « WHA61.16 » a demande l’élimination de telles pratiques dans le monde.


Maxime Coles MD Boca Raton FL Jan 2025


Références :


  1. Aldeeb Abu-Sahheh SA (1981) : To mutilate in the name of Jehovah or Allah, Legitimization of male and female circumcision . Unpublished research document; the institute of Cannon Law, University of Human Sciences, Strasbourg. France.

  2. Barker-Benfield BS (1976): The Horrors of the Half-Known Life Male Attitudes toward Women and Sexuality in 19th Century America Harper and Row. New York, pp121.

  3. Black JA & Debelle GD (1995): Female genital mutilation in Britain British Medical Journal 310, pp 1590-1594.

  4. Brisset C (1979): Trente millions de mutiles : Le Monde, 28 February, p 14.

  5. Denis Mukwege: Reparer les femmes, recipient of Nobel Prize in 2018.


 
 
 

3 Comments

Rated 0 out of 5 stars.
No ratings yet

Add a rating
Guest
May 16, 2025
Rated 5 out of 5 stars.

Nicely done

Like
Guest
May 16, 2025
Replying to

Thank you

Like

Unknown member
Apr 14, 2025

Thank you, Dr. Mamime Cole, for such a very informative blog! Your insights were not only enlightening but also easy to understand and apply. I truly appreciate the depth of knowledge you shared—looking forward to reading more from you!

Like
bottom of page