top of page
logo_edited_edited.jpg

Association Médicale Haïtienne à l’Étranger

Haitian Medical Association Abroad

Search

AMHE Newsletter 357

Updated: May 7, 2025

                                    AMHE Newsletter # 357 : content-table

1- Words of the Editor-in-Chief

2- Mémoire d’une vie (Maxime Coles MD)

3- Petite Hirondelle qui arrive sous ma fenêtre… (Rony Jean Mary MD)

4- Le Caïd (Reynald Altema MD)

5- In Memoriam:Karl Latortue, Gregoire Eugene MD, Jean Claude Comeau MD.

6- Face Cachée de l’Amour (Maxime Coles MD)

7- ÊNTRE RÉSURRECTION ET RÉINCARNATION, QUE FAUT- il CROIRE ? (Rony Jean Mary MD).

8- Les Cloches de Mon Village (Rony Jean Mary)

9- AMHE Affairs Membership, Elections, Residency Programs, Projects

10-AMHE Conventions in Guadeloupe

11- INFOCHIR-RHCA

12- Roger Duvivier Memorial Lecture

12-Association « Solidarite Aquinoise »



Mots de l’Editeur-en-Chef


Nous avons déjà tellement discuté des récentes avances dans le domaine des computers et la venue de l’Intelligence Artificielle (AI) qui est en train de révolutionner notre monde. Il y a 20 ans, nul ne savait ce qui arriverait aux computers lorsqu’à la veille de l’an 2000, les experts prédisaient un « Crash ». 


De nos jours, ces mêmes experts parlent d’un monde inconnu ou la machine parait avoir dépassé le maitre dans ses activités de chaque jour. Un computer qui pense et qui conclut mieux qu’une équipe de professionnels dans le monde médical. Oui un computer qui sans faille, diagnose dans un temps record et traite dans une précision jamais égalée. La machine semble avoir gagné le pari, au point qu’elle soit a meme de dicter au maitre, sa façon de penser.


A force de nourrir ces computers de data, nous leur avons imprégné d’une mémoire infaillible qui leur a permis d’assimiler et de digérer les informations dans une méthodologie que nous n’arrivons pas complètement à comprendre.  Le monde Médical change sous les yeux observateurs de médecins qui ont dédié leur existence à cette science du savoir. Nous hésitons souvent en face des nouvelles maladies qui menacent notre population mais ces AI computers n’hésitent pas à diagnostiquer dans un temps éclair, ce que beaucoup d’experts dans nos différentes spécialités n’ont pu conclure et traiter. En effet, cette nouvelle science du AI, remplace tous ceux qui étaient jadis indispensables à notre science médicale. Il n’y a plus cette notion de sacerdoce médical. Le Médecin d’antan,  deviendra bientôt l’élève du computer et de sa technologie AI. Nous travaillerons sous sa dictée.


Récemment après la mort de notre Webmaster Jacques Arpin, de regrettée mémoire, nous nous sommes trouvés dans l’obligation de faire un grand pas vers de nouvelles technologies et il nous a fallu adopter le renouveau. C’est encore avec enthousiasme que nous vous invitons à visiter la nouvelle page de notre association AMHE a :   https://wae-vaincwixsite.com/amheorg

                                                                      

Maxime Coles MD.

                                                       Editeur-en-Chef AMHE Newsletter

 


"Memoire" d'une Vie"


                                                   Maxime Coles MD

 

 Mon corps est fatigue et ma mémoire semble s’effacer. Appuyé sur une persienne, je deviens rêveur et je pense à mes parents disparus et aux amis qui nous ont quittés. Je pense aussi à ceux qui sont malades et qui ne jouissent pas d’une bonne sante alors qu’ils attendent leur tour pour rejoindre leur Créateur. Ils nous quittent chaque jour sans vouloir effacer les souvenirs qui nous poursuivent éternellement.

 

Nos morts ne nous laissent pas, ils vivent à nos côtes comme pour nous protéger ou nous épier dans un silence sourd. Il me semble qu’ils s’amusent la nuit, alors que nous cherchons le sommeil. Nous les perdons dans la pénombre des que l’on ferme les yeux pour s’endormir ou même quand on éteint la lumière. Le matin, par contre, ils disparaissent comme s’ils se dérobaient de la face du monde pour gagner les alentours. Oui, il me semble qu’ils s’évanouissent au petit matin.    



Derek Prince, un théologien et évangéliste, nous dit que la mort et la vie sont au pouvoir de la langue qui arrive à construire un monde autour de nous. Il parle en réalité, d’une bataille spirituelle et du pouvoir de démons que Dieu arrivera à défaire. Il utilisait la Bible du Roi James des Hébreux et des Grecques et croyait fermement que les  mots qui sortaient de notre bouche avaient la force de créer une atmosphère permettant d’établir les fondations de notre vie. Elle démontre aussi ce qui est caché au fond de nous ou traduit souvent ce que nous ressentons. 

           

My sister Myschele and I. 
My sister Myschele and I. 

Ces morts que l’on vénère… Il me parait qu’on les voit partir vers un monde inconnu et on croit les avoir perdu, mais leurs souvenirs perdurent près de nous. En fermant les yeux, il m’a paru ressentir leur présence pour les petites choses du matin, comme pour déguster une tasse de café ou s’asseoir confortablement dans une chaise autour de la table. Certains, même dans nos cultures ancestrales continuent à partager une tasse de café dans l’évier dans l’espoir d’apaiser leur soif. Oui, nous perdons nos morts au coucher du soleil. On a cette tendance à les chercher dans un firmament étoile, complice d’un silence absolu. D’autres les revoient dans l’apparition d’une étoile filante, comme si ce signe était avant-coureur de leur présence. On associe souvent ces indices à ceux qui nous ont quittés.

 

Il arrive de penser à eux, lors d’un moment heureux passé en famille, un mariage, une communion, un anniversaire ou des célébrations de Pâques ou même des vacances de Noel, ou une remise de diplôme etc. Il y a aussi des chansons qu’ils aimaient à fredonner. Je dois avouer qu’a la mort de mon Grand-père paternel, Maman entendait régulièrement le bruit de « sa cane » martelant le plancher alors que Grand- père utilisait une, de son vivant, pour se déplacer. Etait-elle conditionnée à force de revivre l’expérience ? L’odeur du parfum qu’il aimait à  porter après sa douche avant de sortir se dégageait disait-elle.

                

Mom
Mom

 Maman entendait aussi des gémissements car Grand-père (Papa Tor) souffrait d’un cancer de la prostate, généralise, dont les métastases osseuses le rongeaient la colonne vertébrale, infligeant une douleur atroce. Et puis, un jour, soudainement, elle a arrêté de l’entendre gémir, de même que le petit vacarme quotidien a cessé comme pour lui permettre de s’éloigner sans ne plus jamais gêner personne, et ce, durant une après-midi pluvieuse.

 

Nous les perdons aussi dans nos conversations familières ou nous essayions de balbutier des mots routiniers que nous savions utiliser dans nos conversations ou discussions. Nous revivons des rêves que nous avions planifies jadis mais qui hélas ne se réaliseront plus. On ressent leur présence dans des lieux qu’ils aimaient à fréquenter. C’est à ces moments qu’il nous revient de penser encore plus à eux alors que leur absence se fait encore sentir. Nous voyons passer les saisons et il parait que les feuilles mortes ou le renouveau de la nature nous pousse à ressentir  leur présence.

La réalité des choses nous frappe encore plus, alors qu’au fur et à mesure, nous nous rendons compte qu’ils ne reviendront plus jamais partager notre vie. Peu importe ce désir ardent de les embrasser qui nous nargue. Nous nous mettons déjà à vieillir en réalisant que ce rêve qui nous hantais toujours, ne se réalisera jamais. Ils sont partis pour de bon, vers de meilleurs cieux.

 

Voici déjà que notre corps resent la fatigue à son tour et notre mémoire s’efface. Nous utilisons alors des photographies pour mémoriser leurs visages car elles demeurent quand elles existent encore, le seul moyen de prouver que le temps s’enfuit en emportant avec lui, tous nos souvenirs précieux. Nous verrons-nous encore dans une autre vie ? Papa ou Maman, Sœurs, Grands-parents, Parents et Amis. Le saurais-je, un jour peut-être, lors de mon dernier voyage ?

 

Certes, le temps nous éloigne mais j’ai déjà pris mon billet de retour dans le dernier train. Je ne sais pas quand je serai à même de l’aborder car nul n’ose me dire à quelle station je me sentirais confortable pour y embarquer. C’est ma destinée et je vous rejoindrai au quai de débarquement dans l’espoir de vous tenir tous dans mes bras après une si longue attente. Alors, je ne saurais plus vous perdre, pour le reste de ma vie.                                                            


Maxime Coles MD

Boca Raton FL (4-21-2025)   



Rony Jean Mary MD
Rony Jean Mary MD

             Petite hirondelle qui arrive sous ma fenêtre

 

          Rony Jean-Mary MD


Petite hirondelle qui arrive sous ma fenêtre,

Quelle agréable surprise de te revoir au printemps!

Quelle bonne nouvelle es-tu venue nous apporter !

Je te croyais perdue à tout jamais, ton corps fragile emporté dans le vent.

Je me demandais toujours, quel naufrage s’abattait sur toi;

quel désert tu as du traverser pendant les longs mois de ton absence!

Tu as dû tout endurer, apprendre que le monde est pervers et méchant,

Fait de gens prêts à briser tes ailes et à te couper le souffle..

Tu as dû sentir dans ta chair les moribonds soupirs

que tu croyais les derniers, d’un corps qui n’allait plus tenir.

Mais tu as résisté aux aléas du temps,

aux épreuves des jours froids,

des nuits d’angoisse et de solitude.

Quelle bonne nouvelle es-tu venue nous apporter?

Puisque tu nous reviens plus belle qu’avant,

Encore plus majestueuse dans ta noble parure ,

Rentre dans ton nid d’autrefois;

Chante maintenant et console nos cœurs endoloris!Haïti ma patrie,

Redonne- nous l’espérance de ces feuilles qui s’ouvrent dans le vent.

Fais nous renaître nos joies passées et éphémères

Car mon âme émerveillée et mon cœur reconnaissant,

Te recevront toujours dans la tendresse

Et l’amour d’un fils qui ne Désespère guère .


                                                     Rony Jean-Mary MD◦



Reynald Altema MD
Reynald Altema MD

LE CAÏD

Reynald Altéma, MD

Cerca-la-Source.

Léonide, une jeune femme un peu rondelette, gagnait à peine sa vie en passant la journée devant un feu de charbon de bois pour cuisiner une chaudière de riz et de haricots, ainsi que des frites, du porc et des patates douces. Réputée comme ayant « une bonne main » qui agrémentait chaque mets avec une saveur exquise, elle avait une clientèle loyale. Malgré tout, les rentrées restaient maigres et peu suffisantes. Les denrées coûtaient de plus en plus cher, mais elle devait absorber une grande part de l’inflation, car ses clients eux-mêmes auraient du mal à couvrir une augmentation de prix.

            En dépit de ce guignon, elle avait toujours un sourire sur les lèvres et de bons mots gentils pour chacun. En réalité, la pauvreté avait élu résidence chez elle, mais elle n’avait ni égratigné ni lésé sa beauté interne ou externe. Bien galbée, munie d’un céans généreux, d’une chevelure touffue, de sourcils drus, d’un teint de cachiman, elle calquait la description d’une marabou. Quelle fut sa surprise lorsque, un jour, quelques soldats étrangers, membres de la MINUSTAH, le corps multinational de l’ONU, attirés par l’odeur de sa cuisine et affamés, lui proposèrent de payer comptant pour son inventaire ! Du jour au lendemain, les affaires marchaient mieux. Les soldats, un mélange de Népalais, de Pakistanais, venaient chaque jour et dévoraient son menu. L’un deux, du nom de Prakash, un Népalais, laissait toujours un pourboire et essayait par tous les moyens de tenir une menue conversation. Elle ne parlait pas l’anglais et il ne comprenait pas le créole. Ils comprirent un sourire ou une câlinerie. Elle a remarqué que Prakash se comportait comme un prétendant. La gentillesse de Prakash paraissait spontanée et non forcée, réelle et sans artifice. À dire vrai, Léonide se sentait flattée, surtout que le type était un étranger.

            Un jour sans crier gare, Prakash vint seul et lui apporta un flacon d’eau de toilette. Émue par ce geste inédit envers elle, le premier de sa jeune existence, elle sentit un mélange de sentiments, telle la fierté, la surprise assez plaisante, et l’incertitude face à ce flirt peu subtil. En conséquence, elle hésitait à l’accepter. Elle aurait voulu pouvoir lui expliquer qu’elle ne devrait pas accepter un tel cadeau d’un inconnu si tôt après leur première rencontre. Et pourtant, ses bonnes manières l’empêchaient de repousser une personne ou de dire non sans réserve. Elle accepta le cadeau, indécise sur les retombées immédiates de ce geste, la poitrine en tourbillon et un peu grisée par l’attention. Si question elle se posa, la réponse ne tarda pas, car, à partir de ce moment, de temps à autre, il revenait seul et de façon plus fréquente. Il s’efforçait de répéter un souhait récemment appris tel que « Sak pase ? » et chaque fois « Ou bèl ! »

Il était petit, poilu, avait une voix nasillarde et souriait constamment. Au début, Léonide avait de la difficulté à prononcer ce nom étranger. Il prit son temps pour espacer les syllabes, Pra-kash. Cela devint une piste, un sujet de conversation. De fil en aiguille, une amitié naquit et comme un enfant, elle méritait du soin pour son épanouissement. Chose dite, chose faite. Le toucher, l’étreinte, la bise se suivirent et un après-midi pendant une visite après qu’elle eut tout vendu et se prépara pour aller laver ses ustensiles, une pluie torrentielle fit irruption. Prakash l’aida à se réfugier dans une grotte proche. Il se servait de sa lampe de poche. Elle était complètement mouillée. Ils étaient seuls et une brise calmante chassait la canicule de l’heure précédente et, ce faisant, frissonnait les peaux humides. Le besoin de chaleur protectrice contre cette descente de température se fit sentir vivement. Prakash la protégea avec ses bras et leurs lèvres restèrent l’une contre l’autre. Il profita de la circonstance pour explorer la grotte. Il découvrit un site pittoresque, une source suivie d’un ruisseau entouré d’un grès assez lisse. La grotte n’était pas si fréquentée, par peur et superstition. Elle gisait là, non loin de la case de Léonide. La zone regorgeait de grottes.

            Léonide habitait avec sa mère, très âgée et grabataire presque à cause d’un AVC antérieur. Elle avait une grande sœur, son ainée de six ans, qui habitait non loin à Thomassique avec son époux et deux enfants. Sa case était si rustique et modeste qu’elle se sentait gênée pour y recevoir une visite intime, surtout d’un étranger. Ainsi, par convenance, le couple jeta son dévolu sur la grotte. Un dimanche matin, Prakash apporta une bâche, des draps en laine pour pique-niquer. Elle apporta de la nourriture et il avait un thermos assez gros chargé d’eau glacée. Il étendit la bâche sur le grès et l’invita à s’asseoir près de lui. Il alluma un simple feu pour repousser des rodents potentiels et pour pourvoir un peu de chaleur contre cette brise froide qui balayait la grotte. Il lava ses mains dans le ruisseau et par galanterie, il lava les siennes et ainsi il enchaina les câlineries. Une succession de chatouilles et de chatteries pour maximiser l’excitation incita les corps à se libérer de parures. Les seins plantureux de Léonide captivèrent Prakash et l’attirèrent avec la force d’un aimant. La pointe de sa langue passa rapidement en action et comme une ventouse s’attacha à l’aréole en alternant les seins de gauche à droite pour les émoustiller et propager cette douceur. Un simple gémissement annonça la donne, un son sensuel, signe de consentement, de disposition, de niveau de l’érotisme et qui encourage à augmenter la dose dans la poursuite du chemin vers nirvana. Ce qui commença comme un son de bas décibel changea en un sifflement, sinon un barrissement, autant dire que toutes les portes étaient béantes. Prakash ne demanda pas mieux. Léonide se mit prête pour l’ultime expérience sensuelle en se déshabillant et restant à poil. Vénus rencontra Mars et les éclats retentirent.

            Elle souleva ses pieds et les plaça sur les épaules de Prakash pour faciliter la pénétration et les girations de ses reins qui parcoururent une chorégraphie rythmée, saccadée, variable en direction, mais stable en pulsation érotique. La jeune fille timide de tantôt céda la place à une autre, espiègle et agressive sous l’effet de la chaleur. Une chaleur avec une affinité exquise pour aiguiser son appétit charnel. Un appétit pour le repas complet et non pour simplement manger sur le pouce. Léonide donnait libre cours à sa disposition alpha. Elle changea la position du missionnaire à celle de levrette pour finir avec la position latérale. Elle donna une participation maxima pour la réussite de chaque position et elle n’hésita pas pour exprimer sa satisfaction. Le couple prit ses ébats dans cette grotte de temps à autre jusqu’au départ de Prakash, transféré dans une autre région du pays, puis dans un autre continent, laissant Léonide seule avec une grossesse en pleine et due forme. Il quitta sans laisser de trace, il charria son sourire avec lui vers d’autres cieux, d’autres aventures. Elle mit au monde un mignon garçon qui ressemblait à son père comme deux gouttes d’eau.

            Léonide, célibataire, sans enfant, était déjà pauvre. L’addition du bébé empira une condition précaire. Tout de même, elle croyait qu’un enfant cristallisait un cadeau divin, donc elle ne s’en plaignit point. Puisqu’il fallait un père pour procréer, elle ne s’en plaignit point de son absence, « À quoi bon ? » disait-elle. « Nous, les femmes pauvres, la chance ne nous sourit pas. Pas besoin de s’apitoyer. » L’expérience la durcit, car les autres prétendants après Prakash ont eu du fil à retordre.

*******

Port-au-Prince.        

Cinq ans plus tard, Léonide déménagea pour aller vivre à Bon repos, un faubourg de la capitale, sa mère étant morte depuis trois ans. Elle travaillait comme cuisinière dans le restaurant de son nouveau copain. Il y avait un aller mieux économiquement. Au bout de trois ans, ils se brouillèrent parce qu’elle ne pouvait plus enfanter, suite à des complications de son premier accouchement. Peu de temps après, elle eut un cas très aigu de choléra et succomba dans l’espace de quelques jours, laissant un orphelin seul sur terre.

*******

Onze ans plus tard.

Les vautours encerclaient selon leur mode, silencieux, persistant. Cela présageait une charogne que leur nez pouvait détecter avec précision, même à distance.  Tèt swa savait bien qu’en avant près de la courbe, Enpas Tchanpan, un dépotoir puant, il y aurait au minimum un chien ou un chat mort, mais le nombre d’oiseaux survolant suggérait qu’on avait affaire à une proie plus grosse. Laquelle était une bonne question. Cependant, c’était le cadet de ses soucis. Sa grande inquiétude demeurait de devancer les autres vautours, armés jusqu’aux dents, qui seraient sur cette piste. La veille, dans la soirée, un avion s’est écrasé contre le flanc de Mòn Sankanson, une haute élévation avec une descente à pic. Un accident d’avion dans cette zone indiquait clairement qu’un narcotrafiquant transportait de la bonne marchandise. Pour Tèt swa, l’aubaine qu’il souhaitait trouver tôt ou tard pour échapper à cette vie de chien qu’il a connue dès son plus jeune âge se trouvait à portée de main. C’était une tentation à laquelle il ne pouvait ni ne voulait résister.

Tèt Swa continuait de réfléchir dans sa tête au butin qu’il pourrait se procurer et à l’argent qu’il gagnerait en vendant de la cocaïne et en lançant son propre commerce honnête en agriculture. Cependant Enpas Tchanpan s’annonça de plus en plus : un air farineux, pestilentiel, le bourdonnement d’insectes, excepté que cette fois ces signes étaient amplifiés. L’impasse ressemblait à une enclave désertique, un sol sec, une chaleur à crever avec un soleil de plomb. La chair laissée au sol se décomposait vite pour terminer en dessiccation. Tout de même, il ne pouvait s’imaginer la scène affreuse qu’il découvrit : le corps mutilé et décapité d’un jeune homme. C’était le signe le plus convaincant que les vautours armés l’avaient devancé et que le même sort l’attendrait s’il insistait à aller de l’avant. Dans un déclic, il fit la conclusion perspicace que profane dans un monde de professionnels, il s’embourbait dans une souricière de son propre gré, et ceci sans le savoir. Une sueur froide spontanément grossit de sa nuque et descendit le long de son épine. Sa poitrine subissait des cognements successifs. La frousse l’envahit. Il devait quitter la zone le plus vite possible pour éviter une accusation de meurtre. Surtout, il y avait la nécessité de se mettre à couvert, car les fauves se servaient de leurs membres comme éclaireurs, d’espions payés pour surveiller le paysage et surtout le déplacement d’hommes armés. Familier avec cette méthode, sa décision de faire cavalier seul pour essayer de capturer le butin, une tâche dangereuse, prouvait sa naïveté aussi bien que son désespoir, le tout emballé dans une bulle de la fin de l’esprit.

Tèt Swa participait à un gang, mais n’avait pas leur permission et donc pas de protection en s’aventurant seul. Il prenait sa vie entre ses mains en commettant cette gageure, une audace pour un coup de maitre en cas de succès ou un coup de massue pour une sottise en cas d’échec. Il avait en sa possession un Uzi en banderole et un revolver Glock à la ceinture. Son expérience dans la violence se limitait à son métier d’exécution d’une personne ciblée à brûle-pourpoint depuis quelques années. Il n’a jamais eu à se défendre homme à homme. Son portable enregistrait l’absence de signal. Il était seul comme auparavant lorsqu’il arpentait les rues de la capitale, gamin, orphelin de mère dès l’âge de huit ans. Par contre, il ne connut jamais son père. Selon la rumeur, son père fut un soldat népalais ou pakistanais en mission avec la MINUSTAH. Il quitta le pays peu de temps après sa naissance. Un métis, il avait une chevelure lisse, ondulée. Il était aussi poilu. Depuis la mort de sa mère, il se débrouillait seul pour survivre dans des conditions exécrables.

Gamin, il gagnait sa vie en essuyant les voitures ; un sans-abri, ayant le trottoir pour lit, et l’eau de rigole pour se baigner. Un véritable kokorat il devint, sans aucune direction sinon que l’instinct de survie au jour le jour. Pour son malheur, sa société ne possédait aucune soupape de sécurité sociale. Il pouvait à peine lire et écrire son nom. La compétition pour la survie s’intensifiait, car d’innombrables enfants comme lui pullulaient dans les rues de la ville et le nombre grossissait au fur et à mesure.

Son beau visage aida malgré un physique chétif, cadeau de la malnutrition. Il avait retenu l’attention d’un jeune mec qui venait souvent dans une coupe neuve et élégante.  Ce mec lui donna le sobriquet de Tèt swa et était généreux à son égard ; vite il devint un client. Ainsi de suite, ce jeune homme l’invita un après-midi pour aller prendre un repas et prendre un bain. Il avait à peine dix ans. Il eut le meilleur mets de sa vie, une fois qu’il eut pris une douche et eut enfilé des habits neufs, grâce à la largesse de ce patron. Une fois repu, il paya un prix très cher : le mec le viola puis le combla d’argent après cette triste besogne. Cet acte l’avait blessé corps et âme. Il saigna pendant des jours ; la honte qu’il éprouva était telle qu’il considéra le suicide. Il évita ce mec aussi longtemps que possible. Cependant, le trafic de voitures tomba au ralenti à cause de troubles politiques. Les automobilistes avaient peur des chimè et ne venaient presque plus en ville ou évitaient le lavage. Sans aucun parent, sans travail, la misère le tenailla. La faim se déguisa comme un bras de fer entre la douleur tenace des entrailles, telles une colique, et la sécheresse lancinante des lèvres. Pour envenimer la situation, un étourdissement constant accompagné de perte de connaissance de temps à autre et un mal de tête sévère s’y associaient de concert. 

Ce calvaire, insupportable et perpétuel, régnait comme compagnon avant et après le sommeil. Il assistait à sa propre déconfiture au ralenti. Il eut beau résister, mais à la fin, il n’eut aucun autre choix que de participer au commerce de la vente de son corps. Il découvrit qu’il existait un réseau qui se partageait les jeunes garçons. Ce réseau était composé d’hommes respectables de la société comme un vrai échantillon de professions libérales. Il haïssait sa participation dans ce cercle libidineux, cependant l’instinct de survie était plus fort. Il haïssait l’infection acquise en deux occasions, car la sensation pénible et accablante, augmentée de migraine l’affaissa, et il ne pouvait gagner sa vie. Gagner sa vie était devenu un jeu macabre de roulette russe.

Sa participation se termina de manière kafkaïenne à l’âge de quatorze ans, cinq ans plus tôt. Il fut témoin d’une exécution de l’un des membres de ce réseau, tandis qu’il était à poil sur son lit. À cause de son jeune âge, le tueur à gages eut un peu pitié et il eut à choisir entre deux offres, ou bien devenir membre du gang ou bien perdre sa vie sur le champ. Une fois de plus, l’instinct de survie connut la victoire. Il apprit à manier les armes ou plutôt à mettre le doigt sur la détente. Ses victimes étaient surtout des hommes ; les raisons pour les exécutions, il ne s’en inquiétait pas, mais il avait la vague impression qu’il s’agissait en grande partie de règlements de comptes. Les instructions pour chaque mission ressemblaient à une rengaine monotone, « La vie de la victime ou la tienne ; pas de désobéissance ».

La première exécution fut aussi traumatique sur sa psyché que le viol. La victime fut un jeune homme qui avait osé désobéir à un ordre. Sa main tremblait tant, la transpiration, la palpitation étaient si puissantes qu’il se sentit submergé. Il ne put presser le doigt sur la gâchette qu’en se rappelant que sa vie aussi était dans la balance. Il eut un cauchemar pendant des nuits consécutives. La paranoïa l’envahit pendant un certain temps. Il vit un regard accusateur dans chaque paire d’yeux qui croisaient les siens. Le meurtre et la saleté exerçaient le même effet répulsif. Il prit du temps pour s’habituer à son nouveau statut. Cependant, il ne put jamais accepter comme un fait divers l’élimination d’une vie humaine.

Il recevait une rémunération, même irrégulière, en échange de l’accès au bòz et de l’alcool, qu’il apprécia rapidement. Ainsi, il s’en servait pour adoucir l’épouvante et le désarroi qu’il ressentait avant et après l’exécution d’un ordre reçu. Il en avait marre de toujours prendre une décision de vie et de mort à chaque étape de sa vie ; parfois il se demandait si vivre valait la peine. L’ivresse aux mains des femmes, une nouvelle découverte dont il raffolait, et la sédation offerte par l’alcool servaient de rôle d’anesthésie émotionnelle. Il prit des leçons pour éliminer son analphabétisme. Au moins, il ne connut plus la faim déroutante ; son habitus s’était métamorphosé en un corps svelte.

Il mijotait sa sortie de ce genre de vie dès son entrée. Cependant, en empruntant cette route qu’il connut pour l’avoir parcourue quelquefois, il savait qu’il traversait le Rubicon. Un succès se traduirait en vie indépendante. Un échec serait l’équivalent d’une perte de vie. Entre-temps, il était entre les deux, mais beaucoup plus près de l’échec. Il souhaitait un retrait sain et sauf de cette souricière, quitte à tenter sa chance une autre fois en y planifiant mieux. Tout d’un coup, le déversement d’une pluie torrentielle commença.  Un coup de foudre d’une forte intensité le terrassa. Au vu et su de deux éclaireurs qui partirent, effrayés en évitant de subir le même sort.

Tèt swa foudroyé et pris comme mort survit. « Dieu n’était pas prêt à me recevoir et la mort tenait à m’éviter. », pensa-t-il. Il ne pouvait arriver à aucune autre conclusion en se réveillant avec une douleur atroce au torse. Il regarda autour de lui et il vit plusieurs branches de bois abimées par la foudre. Une peur bleue l’envahit.  Peur de la mort qui put changer d’idée et revenir le visiter pour l’emporter au pays sans chapeau. Peur des narcotrafiquants sur cette piste et ceux de son groupe s’ils apprenaient sa hardiesse ou plutôt son acte de désobéissance, car il lui était formellement interdit de prendre des initiatives de son propre gré. Il se rendit à l’évidence ; par nécessité, il dut rester sur place, feignant la mort puisqu’il ne put bouger à cause de la douleur. Pour comble ses armes disparurent. « Elles ont été prises par les narcotrafiquants. », raisonna-t-il. Une désobéissance pour débuter et maintenant la perte de ses armes. Autant dire qu’il avait joint le club des morts en vie. Ces violations du code ne méritaient qu’une seule punition : l’exécution sommaire par un autre caïd. Il connaissait les règles fort bien.

Il sentit le goût amer de la déception. La déception d’avoir échappé à une mort certaine seulement pour faire face à une autre. La déception d’une blessure obtenue de la main de la Providence comme punition de ses contraventions aux dix commandements. La déception de son échec. Le succès lui a toujours tourné le dos en travaillant honnêtement. Il ne maitrisait point l’esprit malin pour monter une opération hardie de ce genre et aboutir à bon port. Nullité, échec, déboire : les seuls mots adéquats pour décrire son existence qui ne tenait plus que par un fil. Il renonça à nouveau à bouger, car une rafale de balles venait de retentir pas très loin. Sa participation à l’enfer terrestre se poursuivit. Le feu nourri entre deux groupes retentit pendant une éternité, parut-il. Le bruit des balles cessa. Le bruit de bottes le remplaça. Les bottes vinrent en sa direction progressivement. 

Il se tourna sur son ventre rien que pour tenir sa respiration à l’approche d’une escouade, laissant son torse nu télégraphier sa sentence. Réussir à convaincre des membres de la pègre de sa mort se révéla comme une victoire à la Pyrrhus, car il dut faire face à un autre ennemi : une boue sale truffée de fourmis. Apparemment, l’odeur de son sang maintenant caillé avait attiré les insectes. Dans ce qu’on ne saurait décrire que l’ultime calvaire en plein enfer, une distinction difficile à imaginer dans le cas de Tèt swa dont la vie n’avait été jusqu’à présent qu’une série d’épreuves que Dante aurait du mal à imaginer ou à décrire. D’abord en se couchant dans la position ventrale, sa face se gluait contre un mont de boue émanant une odeur putride, issue d’un amalgame d’effluves pestilentiels comme de la charogne, des déchets organiques en pourriture. Ensuite, il offrait sa chair comme appât aux insectes attirés par la senteur de son sang et soumettait son corps en général aux éléments. Les fourmis disciplinées marchaient à la file indienne sur son dos et mettaient en effigie un modèle d’efficience, de coopération absente parmi les humains ; elles s’amusèrent à goûter le butin.

Chaque morsure brûla intensément. Le réflexe naturel lui ferait chasser l’insecte de la main, mais il devait submerger cet instinct. Tel un paquet de services fournis, la morsure venait avec sa jumelle, l’enflure. Alors que les incisives des fourmis piquaient la peau et provoquaient une douleur lancinante, l’enflure récompensait le bénéficiaire d’une grattelle immense. La grattelle s’avéra pire que la douleur de la morsure à cause de sa persistance et la sensation insupportable de démangeaison.  Une seule morsure serait pénible assez. Son torse subissait une avalanche de piqures aiguës. Il voulait pleurer dans son tourment, mais ne pouvait que se mordre la langue. Feindre la mort pour se protéger contre les fauves bipèdes armés jusqu’aux dents. Souhaiter la mort instantanée au lieu de ce supplice inhumain aux mains de bourreaux quadrupèdes de taille minime. La mort aux mains de l’un ou l’autre ennemi serait aussi cruelle.

La file indienne traça la géographie de son corps exposé. Ainsi le torse, les bras subirent la loi de ces insectes impitoyables, qui imitèrent des robots ou des soldats d’un peloton d’exécution. Tèt swa dans un temps éclair et en succession fut frappé par une grande force physique, le tonnerre, et ensuite par une armée de lilliputiens capables de décupler des forces géantes. Le cumul des morsures et des effets sur son corps qui ressembla à une montagne l’évanouit.

Tèt swa se réveilla et vit trouble. Ne sachant s’il était au milieu d’un cauchemar, en vie ou un membre de l’au-delà. Il entendit des voix lointaines, sourdes, mais une odeur forte d’oxygéné, d’alcool. La démangeaison qui faisait rage avant déclinait en intensité. Au fur et à mesure, il regagna sa lucidité. Couché sur un brancard, une solution d’une couleur blanchâtre pénétrait une veine de son bras, goutte par goutte. Les voix se distinguaient mieux maintenant : des hurlements de douleur soit physique ou mentale. Qui vociférait à cause d’une fracture, qui pleurait de la perte d’un proche tandis que les autres personnes jasaient au sujet de mille et une choses. Des infirmières en uniformes blanches s’affairaient. Tout près de lui, Gwo je, un homme avec les traits d’un gorille professionnel, râblé et fervent pratiquant des commandements suivants : fuir le sourire comme la peste, embrasser l’intimidation comme une vertu, adorer la violence comme du papier-monnaie. Il évoluait dans un gang rival qu’il connaissait de vue. Gwo je, qui comme le nom créole l’indique, possédait des yeux sortant de leur orbite, le fixait attentivement avec son regard perçant, noir, pouvant glacer le sang de la personne ciblée, de peur. Tèt swa comprit tout de suite sa situation de prisonnier. Gwo je mit son index sur sa bouche, un signe pour indiquer que Tèt swa devait se taire et de rester tranquille. Une conversation attira l’attention de Tèt swa :

—Nous prenons soin de plusieurs blessés. Tantôt à l’Enpas Tchanpan, une fusillade horrible entre deux gangs a laissé beaucoup de victimes et de morts. L’un d’eux, un chef du nom de Se dyab a souffert une lacération de sa carotide et succomba d’exsanguination.

            Se dyab était son chef hiérarchique. Son enlisement était plus profond qu’il ne se l’imaginait. Aucun des bandits ne croirait à son récit de kavalye polka, de freelance qui tentait sa chance. Ce qui paraitrait plus plausible au gang rival serait le rôle d’éclaireur ou de membre de l’état-major du groupe rival, donc un homme qui pouvait dévoiler des renseignements utiles. Tèt swa se mit à l’évidence : il n’existait qu’une seule issue, sa mort, probablement par supplice. Une telle constatation incrustait le corps d’un liniment glacial venu directement de l’Arctique qui ralentissait tout, le pouls, l’engouement pour la vie, l’énergie nécessaire pour le combat. Il souhaita tant qu’il ne fût plus de ce monde. Il souhaita tant de trouver un mulligan. Il souhaita tant de goûter le fruit de la liberté, le pouvoir de choisir une autre vie, un autre chemin, même de retourner comme victime des fourmis ou de s’empoisonner plutôt que de devenir l’otage en permanence de Gwo je.

Cette pénitence avec les fourmis dura toute une éternité, qu’elle fût en réalité de cinq, dix ou quinze minutes d’existence. Tèt swa, toujours curieux, voulait savoir comment il atterrit à cet endroit. Comme si elle lisait sa pensée, une infirmière déclara, « Vous l’avez échappé bel, on vous croyait mort, mais vous avez eu une réponse à l’odeur d’ammoniac. Nous avons secouru plusieurs victimes. Vous étiez très malade, en proie à une réaction allergique aux morsures des fourmis. Heureusement pour vous que l’ambulance vous a ramassé ».

            Le portable de Gwo je retentit. Il répondit en parlant l’espagnol. Le mot perico, nom vulgaire de la poudre blanche en Colombie, revint plusieurs fois. Il lança un regard noir en direction de Tèt swa à plusieurs reprises. Ce regard contint l’intensité d’un aigle en pleine chasse, la férocité d’un loup affamé, l’épouvante d’un homme traqué, la haine d’un suppôt pour un rival en quête d’un butin, et le sang-froid d’un caïd impavide, ignare, crédule ayant à sa poitrine le cœur d’un scélérat. Tèt swa ferma ses yeux pour éviter ces deux boules de feu infernales et déroutantes. Il eut l’audace d’imaginer par quel miracle il pourrait se tirer de ce fourneau. Peine perdue !

            Le gorille donna quelques billets à effigie de Benjamin aux employés pour les remercier de leur assistance professionnelle.  Le liquide dans la veine de Tèt swa arriva à sa fin et l’enflure avait diminué considérablement. On lui donna une ordonnance pour le même médicament en comprimé. Gwo je se hâta pour laisser les lieux en tenant Tèt swa par le bras « comme son protecteur ». Ils laissèrent cette clinique d’urgence dirigée par Médecins sans frontières et un 4x4 les attendait avec un chauffeur et un passager avant. Les deux occupants parlaient l’espagnol et ils étaient lourdement armés. Leur conversation paraissait très animée au sujet de perico perdido. Les nouveaux passagers s’assirent en arrière. Clairement l’accident d’avion avait dérangé une importante cargaison et le contenu attirait l’attention de trop de curieux et de convoiteurs. On recherchait quelques sacs de cette poudre blanche qui très probablement valait une fortune. Tèt swa comprit ce qui se passait. Il ne resterait en vie que jusqu’à ce qu’il devînt fongible, car on n’avait pas besoin d’éléments gênants. Tèt swa était en proie à une faim qui scalpait ses entrailles, car dans son empressement pour arriver en premier et s’attribuer un butin, il n’avait ni bu ni mangé. Son calvaire à l’Enpas Tchanpan aussi bien que ce jeûne forcé l’avaient laissé défaillant en énergie, tout comme autrefois. Sachant qu’il était proche d’un évanouissement, il osa demander : « Je crève de faim et de soif. Peut-on s’arrêter pour acheter des plats ? » La réponse à un otage au bout de sa vie demandant à manger suit une loi sacrée. Le chauffeur s’arrêta et plusieurs marchandes entourèrent le 4x4. Le fumet des différents mets aiguisa l’appétit des autres occupants du véhicule. Ils placèrent une commande de nombreux plats.

Arrivés à une résidence protégée, au sommet d’une colline, des sentinelles apparurent et ouvrirent une grande barrière en fer forgé de design impressionnant. Ils pénétrèrent une vaste propriété puant l’abondance financière, et le repère de gangsters bien armés et organisés. Des antennes paraboliques, des caméras, des routeurs et de multiples véhicules annonçaient la donne sans équivoque. On se croirait à une base militaire ou un Fort bien ravitaillé. Il existait plusieurs édifices : un grand à deux étages et deux autres d’un seul étage. Dans le cas des deux édifices bas, le sous-sol contenait des geôles ou oubliettes.  Évidemment, le gros édifice abritait le chef, car la sécurité était plus stricte. Des hommes armés jusqu’aux dents y pullulaient. Plusieurs d’entre eux revêtaient des gilets pare-balles. Les murs massifs, les renforcements des fenêtres par des barreaux en fer forgé évoquaient l’idée de bunker. Dans le grand édifice, on pouvait voir des individus qui parlaient l’espagnol et ils se comportaient comme des hauts-gradés. La moyenne d’âge des sentinelles locales paraissait moins que vingt-cinq ans. Tèt swa fut emmené à une salle dans l’un des édifices bas. « Remplissez votre panse et après vous devez nous dire tout ce que vous savez ». Gwo je indiqua à Tèt swa en le poussant de dos vers une table avec ses mains trapues, sa voix chargée de hargne.

            Tèt swa avait faim, vrai, mais il avait aussi et surtout peur de Gwo je qui ne cachait point son rôle de gorille dévoué. Du coup, Tèt swa se trouvait dans une position habituelle : un choix cornélien. D’une part rassasier sa faim le mettrait dans la gueule du loup. D’autre part la faim qui le tourmentait méritait son attention. Bon gré mal gré, il s’assit pour dévorer le plat de maïs moulu truffé de harengs entouré de viande de bœuf dans une sauce bien épicée. Il ne pouvait pas résister à la tentation. Gwo je non plus, car son appétit éclipsa celui de Tèt swa de loin. Tèt Swa vivait dans un monde qui entretenait une relation particulière avec la notion de la loyauté. On l’exigeait des subalternes sous peine de punition létale, mais on la violait de routine pour gravir les étapes. Son allégeance allait être mise à l’épreuve. Tèt swa était assez malin pour déduire qu’il ne devrait point mentionner qu’il s’aventurait seul. Il devrait concocter un récit mettant l’accent sur la foudre qui l’abattit pour essayer de gagner un iota de sympathie. Pas question de donner le moindre indice de sa vraie intention. Le problème restait de formuler une histoire cohérente et vraisemblable. Comment était-il arrivé, que savait-il, quel rôle jouait-il ? Mis au pied du mur, il devait prendre des décisions sur-le-champ, quitte qu’un membre de son gang capturé pourrait offrir une autre version des faits. De toute façon, il était sur le fil du rasoir et il s’accrochait à la vie par un fil fin.

            Comme prévu, Gwo je ne perdit pas de temps pour amorcer une interrogation dans son style. Ainsi pour signifier sa détermination, il gifla Tèt swa et lui ordonna de raconter tout ce qu’il savait au sujet du dossier de l’accident de l’avion. Utilisant son talent d’acteur jusqu’ici inconnu, il dit :

Je ne suis qu’un p’tit soldat ordonné d’emmener son cul à ce lieu. Je ne fais qu’exécuter des ordres. Je ne pose pas de question, j’obéis. Le malheur m’a frappé deux fois : la foudre qui m’a blessé et les fourmis qui voulaient me faire chialer. À mon niveau, je n’ai aucune idée de ce qui se passe ou des décisions prises.

            Dans un impromptu digne d’une palme d’or, Tèt swa retira sa chemise pour pointer du doigt la cicatrice laissée par la foudre et sur un ton cynique avec les yeux écarquillés, il prononça ces mots :

Mes racines sont profondes. Mes pieds sont bien ancrés en terre. J’ai une baraka qui me protège. Tout homme moyen aurait succombé à cette foudre. Malheur à qui essaie de me faire du tort ! Son sort sera un châtiment exécrable !

Il fixa des yeux Gwo je de manière impavide et comme surenchère : 

Celui qui prendra ma vie ou me traitera mal paiera un prix très cher. Sa mort sera beaucoup plus pénible que la mienne. Il souffrira beaucoup avant de trépasser. C’est ce qui est arrivé à mon chef. Il ne m’avait pas bien traité. Il a eu une mort terrible. J’aurais dû mourir des morsures des fourmis. J’ai survécu. Alors je promène mon cul où je veux et je mourrai où je dois sans peur ni crainte. 

            Gwo je, orgueilleux, mais superstitieux, pataugeait dans une mare d’incertitude. Il voulait rouer de coups cet impertinent qui osa le fixer des yeux et le menacer, car son machisme le demanderait. Il avait reçu assez de sermons de sa tante qui l’avait élevé au sujet de forces inexplicables dans la nature pour hésiter avant de commettre une erreur qu’il regretterait pour la vie. Sans préavis, une nausée suivie d’un vomissement et ensuite d’une diarrhée en profusion l’accablèrent. Les autres passagers qui mangèrent les mêmes repas tombèrent malades. Tèt swa fut exempté de symptômes. De la perspective de Gwo je, la baraka de Tèt swa faisait définitivement partie des forces inexplicables. Comment expliquer son exemption de ce cas de botulisme ? Tèt swa de son côté avait une explication beaucoup simple : son intestin avait développé une résistance aux microbes des aliments qu’on vend dans les rues.  Les années passées comme kokorat dans les rues offraient ce bénéfice. Il ne croyait pas dans ce charabia de baraka ; il savait bien que culturellement, beaucoup de ses concitoyens y prêtaient une attention spéciale et lui accordaient une importance démesurée. En jugeant de la réaction de Gwo je pendant son monologue, Tèt swa tira la conclusion qu’en dépit de son machisme, la croyance de Gwo je dans le surnaturel fut épinglée et mise en effigie. Gwo je et ses acolytes restèrent alités pendant deux jours.

Deux jours de détresse de part et d’autre. Tèt swa avait pour résidence l’espace coincé, empesté de moisi, mal éclairé et mal aéré du nom d’oubliette, autant dire une galère. L’obscurité épaississait l’esprit, brutalisait les méninges et semait la déprime. La chaleur opprimante rendait la vie misérable. Alliée à l’humidité, la chaleur favorisa l’agglutination des pores par la sueur jour et nuit. Cette perte continue de liquide engendra une soif constante et l’eau étant rationnée, cela aggrava l’inconfort. La chaleur éleva la température ambiante du corps tandis que l’humidité de l’air chaud entrava sa dissipation du corps. Pour envenimer l’inconfort, ce milieu inhospitalier permettait l’éclosion de parasites et regorgeait de punaises, et de moustiques. Le lit qui était supposé permettre le repos, excellait plutôt comme table de torture. Le matelas s’apprêtait fort bien comme antre de ses sangsues et par-dessus le marché annonça leur présence en diffusant leur odeur nauséabonde dans l’air. Les moustiques gênaient de manière double : le bourdonnement des ailes, un son très irritant et leur piqure constante et lancinante. Tèt swa, survivant de différents imbroglios improvisa. Il se servit de sa chemisette pour chasser et détruire les moustiques au prix de piqures aux bras et poignets. Contre les punaises, il se débarrassa du matelas et se coucha tout habillé. Charybde et Scylla se présentèrent non en succession, mais ensemble. Ce berceau d’arthropodes malheureusement rayonnait comme feu de l’enfer pour l’être humain. Ainsi un autre chapitre de la vie de galérien de Tèt swa s’ouvrit. Tour à tour faiblard affamé, forcé de jouer des rôles contre nature, tantôt furieux ou fou à cause de sa condition, jamais fidèle à une personne ou une cause, récemment l’hôte temporaire de la faucheuse, maintenant il était devenu forçat. L’absence d’une voix humaine autre que le plus bref échange de mots au service d’un mets, l’accablait.  Il offrit au chef par tierce personne de guérir les affligés, moyennant un déplacement de l’oubliette. Il gagna cette gageure en se servant de feuilles locales pour obtenir une tisane. Cette formule thérapeutique l’avait maintes fois aidé dans le passé dans une situation pareille. Ainsi, il entra dans les bonnes grâces du chef, Toni. Il fut promu comme soldat après la prestation d’un serment de loyauté et d’obéissance. Il n’avait d’autre choix pour survivre.

            Tèt Swa, avec son premier chef, n’avait pas la permission de passer du temps dans son complexe. Il demeurait au dernier rang de la hiérarchie, un mouton, utile pour les menues besognes. Il n’était pas au parfum des activités secrètes du gang comme le flot des stupéfiants ou des armes. Avoir le droit de rester au complexe de ce nouveau chef, ne fut-ce que brièvement, attestait d’une promotion. Passer de la géhenne où il souffrait et croupissait pendant deux jours à une chambre propre, bien aérée avec une belle vue, équivalait à une récompense.  On voulait prendre avantage de ses connaissances des feuilles thérapeutiques pour le bénéfice du groupe. Il avait une chambre non loin de celle de Gwo je. La clef de la chambre venait avec des conditions strictes : on devait savoir ses aller et venir et dans aucun cas devrait-il conduire un véhicule sans permission. Le complexe ne ressemblait pas à un camp militaire. Il calquait un camp militaire avec la différence de la mort sommaire comme punition pour une infraction et non une cour martiale. On ne pouvait ni désobéir ni démissionner. En guise de récompense, la nourriture, les boissons alcoolisées étaient abondantes. Tandis qu’on tolérait le cannabis, la poudre blanche était interdite. La rémunération dépassait de loin la pitance qu’il recevait antérieurement. Pour le divertissement, en fin de semaine le vendredi et le samedi, aux frais du chef, les putes venaient pour les charmer. Les autres nuits, ils étaient libres de balader dans les bordels. On ne se déplaçait pas sans son arme à feu ou son portable. La tentation prit le dessus et Tèt swa se trouva comblé.

Tèt swa gagna le droit de participer aux ébats nocturnes de fin de semaine, vraie démonstration de faire bonne chère et de priser la chair. On rôtissait soit un cabri soit un porc et on buvait l’alcool à gogo au clair de lune. De jeunes femmes en tenues légères offrant la vue généreuse de seins voluptueux et de fesses bien charnues déambulaient d’une cadence lascive et ostentatoire, pour inciter la disposition lubrique. La musique égayait l’ambiance. Dragueur à ses heures, Tèt swa démontra ses pas lestes avec les dames dans le style Salsa, Konpa, Reggaeton, tel un maquereau en plein essor. Ce genre d’homme connu localement comme un tyoul d’habitude attire l’attention du genre opposé. Au repos, assis et sirotant une bière, nulle ne fut sa surprise quand une jolie nana du nom de Emilia, vint s’asseoir sur ses jambes. « Que tu es beau » ! elle l’apostropha en s’approchant de lui. Tèt swa prit la situation à la légère et ne s’attendait pas à tomber de travers avec Gwo je. 

Sans le savoir, Tèt swa aiguisait un ressentiment chez Gwo je, un danseur médiocre. Pour envenimer l’atmosphère, Emilia était sa pute de choix.  Il ne voyait pas d’un bon œil qu’elle flirtait sous son nez. « Ce soir je serai avec lui. » dit-elle à Gwo je en souriant. Peu de temps après, Emilia et Tèt swa se rendirent dans sa chambre, excités par la nouveauté d’une nouvelle connaissance et l’anticipation de feux d’artifice. Ils s’étaient mutuellement frotté le pubis sur la piste de danse pour se donner une idée du plaisir en attente. Arrivés à son patelin, ils se déshabillèrent en un clin d’œil et la vue de leur anatomie ajouta un degré d’envie augmentée. Les seins symétriques d’Emilia, ronds comme des oranges, de taille généreuse, avec des tétons érigés comme des bâtonnets, donna une bande énorme à Tèt swa. La vue de cette verge de taille si grande envoya un signal direct à la tige de sa rose qui devint humide, durcie, et amorça un battement intermittent. L’absence de duvet chapeautant la rose, un bémol mineur aux yeux de Tèt swa, fut vite oubliée quand la jouissance débuta et continuait en crescendo dans un échange si satisfaisant qu’il dura des heures. Le menu servi mettait en exergue la libido. Leur appétit en raffolait.

Quand, le lendemain, les amies d’Emilia demandèrent un compte-rendu, « J’ai trouvé un gars avec une verge plantureuse qui sait s’en servir à merveille ! » fut sa réponse. Cette réponse s’éparpilla comme une trainée de poudre. Gwo je de son côté, avait du mal à digérer le refus d’Emilia. Ce simple embarras tourna en rage quand il prit connaissance de la rumeur qui circulait. Cet affront inacceptable du point de vue de Gwo je méritait une punition sévère. La jalousie, l’orgueil, la honte se mêlèrent pour créer une poussée incontrôlable vers la vengeance pour rétablir l’équilibre. Sa virilité ne devait jamais être mise en doute. Sa constitution masculine alpha ne le permettrait pas. Faisant fi de toute précaution manifestée jusqu’ici à l’égard de Tèt swa, il le frappa avec assez de haine et de force pour lui briser quelques côtes. Cela ne plut pas au chef, surtout lorsqu’il apprit la vraie raison de sa furie. « Jaloux d’une pute ?  Alors, vous êtes un cocu » ? Autrement dit, on lui gratifiait du bonnet de l’ultime humiliation. Tout de même, la vérité que seulement Emilia et lui savaient était beaucoup plus nuancée. En effet, Gwo je en dépit de toute sa vantardise, souffrait d’un problème assez commun, mais dont on ne parle pas souvent : l’éjaculation prématurée. Tèt swa, aux antipodes, frôlait la définition de baiseur.

Loin de rétablir l’équilibre, Gwo je n’intimidait point Emilia puisqu’on savait que le chef n’approuvait pas sa conduite. Au lieu de calmer la situation, les quolibets venant des membres du gang ciblant Gwo je ne cessèrent point. Emilia se porta volontaire pour prendre soin de Tèt swa dans sa convalescence. Le chef donna son assentiment puisque el perdido perico se trouvait au fond d’une falaise d’après une image de drone. Gwo je interpréta ce geste d’Emilia tantôt comme un pied de nez et tantôt comme une punition pour avoir levé la main sur Tèt swa comme il l’avait prévenu. Le cœur gros, Gwo je décida d’essayer de se passer outre d’Emilia et d’éviter Tèt swa pour ne pas s’attirer de plus de malheur.

Emilia et Tèt swa s’accordèrent en un tournemain, partageant un passé similaire et d’autres affinités. Emilia naquit de l’autre côté de la frontière de mère panyòl et de père haïtien, un ouvrier en construction qui perdit sa vie dans un accident, broyé par les roues d’un tracteur lorsqu’elle avait sept ans. Sa mère, par la suite, gagnait sa vie dans un bordel. L’amant de sa mère une fois ivre l’avait violée à dix-sept ans et elle quitta le patelin. Elle suivit une amie qui faisait la navette entre les deux pays dans le commerce de la chair. Elle gagnait plus d’argent ici. Ayant lui-même passé quelques années dans le même métier, il comprit le dilemme d’une personne qui, par nécessité pour survivre, vend son corps. Ils partageaient la même pigmentation, la chevelure soyeuse et touffue. Ses seins et fesses bien prononcés attiraient toujours les hommes. Elle avait du succès professionnel, mais un attachement émotionnel lui manquait. En Tèt swa, elle trouva l’ami auquel se confier, l’amant qui pouvait satisfaire ses désirs sensuels, car sa libido débordait comme une rivière en crue. Emilia massait les muscles de Tèt swa, lui choyait en employant une main baladeuse, lui procurait des comprimés analgésiques pour calmer les douleurs intenses des côtes fracturées et ils se prélassèrent en fumant du joint (bòz) pour se calmer. Leurs longues conversations gravitèrent invariablement sur l’issue de ce style de vie sans avenir, un métier de chien en essence. De fil en aiguille, il lui raconta son premier essai et son échec, ayant frisé la mort de près. Au fur et à mesure, ils se convainquirent que le premier échec ne doit pas vous décourager, mais plutôt servir de leçon. Naturellement, la question fondamentale demeurait : aller où et faire quoi ? Cette question perdit son allure rhétorique pour devenir le sujet d’une obsession.

Deux soirs plus tard, assis sur son balcon, en sous-vêtements, puisque la canicule du jour prenait son temps à dissiper, il admirait le ciel. Cette nuit tropicale revêtait un manteau spécial, car il y prêtait une attention plus minutieuse. Il l’avait à portée de vue toute sa vie, mais maintenant, elle ne représentait point un monument pris comme acquis, avec ses jours en vie peut-être peu nombreux. Non, cette nuit retenait le cachet d’un gisement d’or découvert par hasard qui apporta une joie démesurée. Une joie mélangée d’incrédulité, car une telle chance parait toujours trop belle pour être vraie. Comme un spectateur avec un regard plus critique, il voyait d’abord un contraste entre la vive clarté du firmament contre l’obscurité au sol, cadeau de la pénurie constante d’électricité. Alors, il se rappela qu’enfant avec les amis, le soir, ils se concurrençaient pour décrire ce décor fascinant. Les expressions les unes plus pittoresques que les autres sortaient de leur bouche pour planer dans l’air, tandis que leur mémoire les glanait et les mettait sous verrou. « Faisceau d’étincelles », « Collection d’arbres de Noël couchés », « Chapelets illuminés ». Chaque soir, on devait trouver de nouvelles locutions.

Assis devant un verre de bière fraiche, entre une vie en compte à rebours et une mort peu lointaine, il faisait un retour d’âge pour contempler le zénith. En plus de la chaleur de la journée, il avait assisté à une scène macabre : l’exécution d’un jeune soldat accusé de vol d’une fiole de poudre blanche. On le força à creuser son propre trou avec une pelle avant d’y entrer en permanence. Cette cruauté impitoyable abasourdit Tèt swa au point où il ressentit une nausée et eut du mal à se retenir pour ne pas vomir immédiatement. Soudainement, un déclic se manifesta. Son tour pour une telle fin était plus que probable. Au lieu de se sentir comblé comme une nouvelle recrue, il se voyait plutôt comme un condamné attendant le jour de matérialisation de sa peine capitale.

Prétendant jouer cet exercice enfantin, il s’efforçait d’inventer aussi de tournures que possible. « Tapis ficelé de perles scintillantes », « Un vêtement noir rempli de paillettes brillantes », « Le firmament reflète les océans peuplés de poissons endormis qui scintillent de loin », « Un tableau de lucioles immobiles dans l’obscurité ambiante ». Ce décor qui l’ensorcelait ce soir-là, une vue inégalée, le remplissait d’une sérénité suspecte. Il ne cessa pas de penser à sa fin et pour la première fois de sa vie sur cette terre maudite, il pensa à son père se demandant s’il était vivant ou mort. Pourtant, l’image de sa mère, qui le caressait tout le temps depuis la nuit des temps, avait toujours gardé une place immaculée et indélébile dans sa mémoire. Il n’avait à date jamais rencontré une personne qui lui avait prodigué de soins de la même spontanéité jusqu’à ce qu’il trouvât Emilia.

Elle n’était pas présente. « Je dois aller au boulot pour gagner mon pain », avait-elle dit en le quittant plus tôt. Ces mots nobles venant d’une autre personne seraient bienvenus. « Le boulot » dans ce cas ni n’insufflait les poumons d’Emilia d’une bouffée de fierté ni n’entourait sa tête d’une auréole de respect. Elle vaquait à la plus vieille profession du monde pour sa survie et il le comprit, mais il aurait beau se le dire que cela ne comptait pas, tout de même, cette notion d’exposer son corps nu aux yeux d’un autre gars saoul ou non, peu importe, l’emmerdait. Un emmerdement tenace avec la force d’un étau, le goût amer de l’aloès, la puanteur de soufre, la déception d’un cœur gros, la persistance de la jalousie. L’inconfort de la douleur physique des côtes fracturées n’égalisait point cette faux bien aiguisée qui rongeait sa poitrine.

Cette eau-de-vie, qui, d’habitude, charrie toute amertume, grise l’esprit et donne l’effet d’un calmant, ne pouvait pas vraiment effacer la sécheresse de la gorge ni le dépit de l’esprit, mais elle apportait plutôt une insomnie. Tèt Swa avait connu toutes sortes de déboires dans sa vie : l’épouvante du rang d’orphelin de père et de mère à un jeune âge, le viol, la faim au quotidien, le foudroiement, le supplice des morsures des fourmis. Ces déboires l’avaient durci. Cependant, celui-ci portait une autre parure et appartenait à un autre genre. Les précédentes déconvenues incitaient à la mort tandis que l’existence d’Emilia soutenait l’argument d’un changement de cap pour une vie meilleure. Ce changement dont ils ont parlé maintes fois devint plus pressant et ce soir-là, aidé par une brise, tardive, mais si adoucissante, pour éclairer son esprit qui insistait à rester éveillé malgré l’eau-de-vie, il prit la décision de s’échapper pour de bon et de ne jamais retourner parmi les gangsters en vie.

Cette fois-ci, il ne le ferait pas seul, mais avec Emilia. Occupé dans ses pérégrinations mentales, il n’entendit point les pas furtifs d’Emilia. L’odeur de son corps capta ses narines. Au lieu de la fraîcheur qui emplissait l’air à son départ plus tôt, son corps exhalait maintenant une odeur pâle, un mélange de sueur et de parfums bon marché, le fumet d’un plat délicieux se transformant en une odeur rance. Le regard de Tèt swa en dit autant. Emilia, pour la première fois, ressentit du remords de se laisser toucher par des hommes pour qui son cœur ne fluttait pas. Après une étreinte, elle changea de toilette et revint dans une tenue décontractée et s’assit à côté de Tèt swa, la tête reculée et le regard fixé sur le firmament. « Lorsque j’étais petite, je pensais que ces étoiles représentaient le nombre de personnes sur terre et chaque fois que je voyais une se déplacer comme une flèche, telle celle-là qui vient de le faire, je me disais qu’une personne venait de perdre la vie ». Elle caressa sa main en disant cela et lui donna une bise sur la joue. « Qui sait ? Peut-être que tu as raison ». L’image toujours vive du jeune qui périt aux mains d’un peloton revint à la surface. Un moment de silence suivit, lourd comme du plomb. Tèt swa, la tête baissée, visiblement tourmenté, hésita à dire ce qui l’étouffait.

—Tu es jaloux, n’est-ce pas ? Emilia posa cette question en le fixant tendrement, le cœur cognant en cascade.

—Veux pas te juger. Dois gagner ton pain et…

—Dis-moi franchement. Si j’te plais cela doit t’emmerder. Et si ça arrive, ça m’ plaira et m’ dira que j’ compte dans ta vie.

—J’ pensais à toi, à ma vie et j’veux tout changer le plus vite possible. Oui ça m’emmerde de penser à d’autres hommes qui te voient nue.

En énonçant ces mots, Tèt swa ouvrait une porte qui pénétrait dans un territoire inconnu, tel un dédale parce qu’il n’avait jamais entretenu une liaison sentimentale avec une femme. Il connaissait plusieurs nanas avec lesquelles il satisfaisait ses besoins charnels. La jalousie constituait un nouveau domaine. La jalousie pour une pute dans son milieu est considérée une hérésie et le coupable est qualifié de cocu. Le renfrognement au cœur que sculpta la jalousie et la honte du statut de cocu l’agaçaient avec la persistance de la chaleur d’un soleil de midi et la lourdeur de deux poids de plomb sur la poitrine. Par télépathie, spontanéité, ou les deux, Emilia appuya sa tête contre la poitrine de Tèt swa et pour la première fois chanta pour lui, avec sa voix flûtée, Ansiedad. « J’avais appris à chanter à l’école et avais gagné plusieurs compétitions. Je considérais même de faire une carrière musicale. » Emilia berçait Tèt swa en lui offrant ce régal, un geste d’affection ultime, mais une habitude perdue de vieille date. La vibration des cordes vocales d’Emilia engendra le frémissement de papillons de la poitrine de Tèt swa. Il fut enchanté on ne peut plus. Le seul bémol fut le regard furieux de Gwo je, lui aussi assis sur son balcon, les guettant. Les deux amants ne le laisseraient pas ruiner leur roucoulement ni spolier la joie de leur prélude à la valse de deux colombes. Et quelle valse elle fut !

            Cette valse de colombes voulait établir la différence entre la moyenne et le superlatif, le plaisant et l’éblouissant, telle la distinction entre un repas appétissant du réfectoire et un mets servi par un cordon-bleu. Alors qu’ils baisèrent la première fois instinctivement, maintenant l’orchestre au complet ferait de son mieux pour célébrer la passion. La passion des sens : le toucher, l’odorat, le goût, l’ouïe, en harmonie, rehaussant l’effet calmant contre le stress et le tonus nécessaire pour la satisfaction mutuelle. Les sons produits pendant la chaleur de leur passion ne laissaient rien à deviner : aigus ou graves, sourds ou bruyants, rapides ou lents, ils reflétaient le paroxysme de l’excitation en pleine activité érotique. La passion de leur connexion mentale pendant et au-delà des interactions physiques les grisait avec un musc de citron, une sève mielleuse. Ainsi au lieu d’un simple plaisir charnel, Tèt swa et Emilia maintenant communiaient corps et âme. La valse des colombes raffermit leur attraction mutuelle et solidifia leur liaison. En contrepartie, elle engendra un ennui considérable.

En effet, Gwo je avait beau essayer de refouler de sa pensée la mémoire d’Emilia, mais il partageait le sort d’un chasseur retournant bredouille. Ne pouvant pas l’oublier, il la guettait et l’optique de ces deux amants se prélassant au clair de lune ne lui plaisait point, même si Emilia et lui baisaient toujours moyennant un paiement comptant. La peur de la baraka qui protégeait Tèt swa ne suffisait pas à enrayer la haine qui montait en crescendo dans le cœur de Gwo je contre son rival. De sa perspective, il payait à Emilia pour un service qu’elle offrait de tout cœur à Tèt swa. Ainsi il aboutit à une seule conclusion : l’élimination de cet emmerdeur.

            Tèt swa aboutit à la même conclusion, mais pour une raison différente. Gwo je se tenait de travers entre lui et sa liberté, car il le surveillait. Emilia se trouvait au milieu de deux cercles concentriques. Une trame tragique se centrait autour d’elle. Tèt swa voulait sa liberté de longue date ; la présence d’Emilia et les sentiments qu’elle avait déchainés chez lui avaient précipité sa décision de s’évader, advienne que pourra et le plus vite possible, mais avec Emilia pour débuter une nouvelle vie sous un ciel plus clément, dans un milieu plus avenant. Un jeu de chat et de souris débuta. Tèt Swa arpentait le domaine, essayant de trouver un moyen d’échapper. Hormis l’entrée principale, il pensa à l’arrière, la topographie du terrain l’excluait. Il y avait une pente escarpée à pic. Des sentinelles gardaient l’enceinte tout le temps. Il essaya ensuite de berner Gwo je, lorsqu’il le surveillait.

Il y avait des salles hors limite et toujours des activités dans le domaine. Il devina que le commerce des stupéfiants était en floraison. Il voulait l’abandonner malgré tout. Tèt Swa commença comme sentinelle le soir, à 11 heures, et continua jusqu’à 6 heures du matin. Il passa toute une semaine à planifier sa fuite. Il réalisa qu’entre 2-5AM qu’il n’y avait pas d’activités. Cependant il fallait faire le parcours en voiture et berner l’autre sentinelle. Le seul moyen d’exécuter son plan serait pendant que l’autre dormait. Ils le faisaient à tour de rôle. L’un restait éveillé pendant que l’autre se reposait. Il laisserait, mais devait donner l’impression qu’il était toujours de garde. Emilia se chargerait de trouver un chauffeur.

            Le jour avant sa fuite planifiée, une autre scène de gore figea et l’esprit et l’âme de Tèt swa. Toni, le chef, lança un soliloque aussi vil qu’effrayant :

Ce gros morceau de caca, d’une pestilence de charogne a l’audace de croire qu’il pourrait un jour me remplacer en me plaçant des balles à la tête. C’est ce qu’il a confié à une salope de pute avec une chochotte puante sous l’effet du grog. Il n’est pas un homme viril malgré son apparence. Il ne peut pas durer longtemps pour satisfaire une femme. Son zizi est aussi petit que son cerveau. Prenez gare car je sais tout ce qui se passe. Je sais lorsque vous pétez, voire d’essayer de comploter contre moi. Je vais tracer un exemple inoubliable pour tous les traitres en attente. Ma justice est impitoyable.

Ce disant, il logea deux balles à la tête de Gwo je qui perdit la vie immédiatement dans un jet de sang. En vantardise ou menace, Toni dit en hochant sa tête, « Je suis au courant de tout ce qui se dit ou ce qui se passe. » Tony ne se vantait point. En effet il avait créé un dispositif bien huilé pour se maintenir au timon de son groupe. Chaque soldat ne pouvait maintenir sa position qu’en justifiant sa loyauté envers lui, le chef. Cela se traduisait en rapportant les moindres détails et surtout aucun commentaire négatif à son égard. Il récompensait un tel comportement avec un bonus. Cela créa une compétition froide entre les soldats pour s’inscrire sur la liste des « soldats préférés. » Dans le cas des putes qu’il payait en fin de semaine, elles devaient aussi espionner. En dernier lieu, son chef de sécurité, qui avait passé quelques années aux États-Unis dans l’infanterie dans le service de renseignement, avait installé des puces dans les chambres. Immédiatement, Tèt swa s’est  posé plusieurs questions : « Suis-je naïf de faire confiance à Emilia ? », « Les putes sont-elles des espionnes ? », « Comment puis-je être sûr qu’elle ne m’a pas vendu ? »

Alors, plusieurs indices revenaient à la surface : le chef les payait une prime pour divertir les soldats. Donc, que gagnait-il en retour ? Pourquoi Emilia l’aurait choisi, lui, un menu fretin sans un sou, surtout dans cet écosystème où l’argent est roi et fait délier les langues, oublier les règles de la bienséance et il tourne les amis en ennemis ? Ces questions traitaient d’un sujet existentiel. Pour la première fois de sa vie et d’une façon soudaine, sans coup férir, son cœur accéléra comme un bolide avec une vitesse rapide jamais ressentie, mais accompagnée d’une pulsation à la gorge inquiétante et étrange.  Sur le champ il sentit un étourdissement et une difficulté respiratoire.  Sa tête tourna comme un tourbillon et tout devint flou et il se sentit faible.  Ses jambes fléchirent et il s’écroula, ayant perdu connaissance. Cette syncope au vu de tous s’attira des remontrances sévères de la part du chef. « Quel genre de freluquet avons-nous là ? » une salve lancée par Toni avec assez de vitriol pour annoncer la donne. Les soldats l’interprétèrent comme feuille de route. « Un gars efféminé, voilà qui ! », « Un poltron sans échine ! », « Un fils à maman ! » Ils répétèrent les variations sur ce thème et en rigolaient. Le ventre fécond de la bête ignorante enfantait la haine en effusion. L’intolérance féroce s’exprimait sans filtre tandis que le corps de Tèt swa gisait au sol, négligé. Personne ne voulait s’en occuper de peur de ne pas courroucer Toni. Finalement, il s’approcha du corps et, constatant qu’il respirait encore, il ordonna : « Amène cette mèche à la clinique. »

***********

« Fibrillation auriculaire rapide ! » Cria le jeune médecin qui le soigna deux semaines tantôt.  Tèt Swa suait vivement. Sa peau restait froide et moite. Le battement rapide de son cœur, perçu à la gorge, l’épouvantait. Il vit devant lui l’image de la faucheuse et accepta comme acquis le son de glas de son existence de façon imminente. L’idée de passer de vie à trépas sans entendre la douce voix d’Emilia, espionne ou pas, souffla un vent de terreur. Son absence sembla confirmer le doute qui grandissait en lui quant à sa fiabilité et fidélité. Ce qui amorça un simple pincement de ce cœur imitant un pur-sang en plein essor finit par le crever sans crier gare. Tèt Swa se sentit à nouveau dans un état familier, comme la dernière fois, entre le sommeil profond et le réveil, pendant une durée indicible. Cette fois de plus, le brouillard mental, associé à la peur, anéantit aucun espoir de survie. La panique augmenta l’adrénaline, accélérant ainsi le processus de la vitesse. La respiration devint plus rapide, ce qui causa un engourdissement et des picotements aux lèvres et aux doigts, entraînant davantage de panique. Pour couronner le tout, un essoufflement s’y mit de la partie, attestant ainsi l’adage « un malheur ne vient jamais seul ». Tel un refrain, Tèt swa eut la détresse comme compagne.

« Sa tension artérielle est basse. » Ajouta le médecin ensuite. Tèt swa reçut un soluté salin normal et un médicament pour ralentir le rapide rythme cardiaque en un clin d’œil. Soudainement, une décélération du battement se produisit, balayant l’essoufflement précédent. L’activité mécanique du cœur s’améliora pour céder la place aux ébats sentimentaux qui peuvent l’influencer profondément. Dans son cas, l’ébat frisait le gel des tisons qui un jour plus tôt, étaient réchauffés par la paume adoucissante d’Emilia qui raffolait du contact avec la poitrine poilue de Tèt swa. « Espérons qu’il ne souffre pas de la maladie de cœur brisé. » Ces mots prononcés sur un ton neutre par le médecin retentirent avec l’autorité d’une prophétie, sinon la prédiction infaillible de l’oracle. Tèt Swa, en vrai profane, n’avait aucune idée de cette maladie, mais devinait que ce n’était pas une bonne nouvelle d’en être atteint. Derechef, il eut une révélation : il ne pourrait pas survivre à une déception de la part d’Emilia. Sa baraka serait impuissante à lui venir en aide. Perdu dans ses rêveries, il pensait à mille et un scénarios, mais surtout à distinguer le pire sort : cette drôle maladie ou une sournoiserie d’Emilia ou, dans l’extrême cas de malchance, une combinaison des deux.

Cet exercice mental le trainait dans un sillon mental boueux et gommait toute pensée positive de sa disposition, laissant plutôt une mine maussade, comme un pleurnicheur, la bête noire de ce milieu truffé de machisme.  L’optique d’un soldat triste en public déplut aux autres et telle une trainée de poudre, l’information s’éparpilla. Tèt swa s’en rendit compte assez vite. Il comprit en un temps éclair que s’inquiéter de « la maladie de cœur brisé » et « une sournoiserie d’Emilia » pourrait représenter un luxe qu’il ne pourrait se permettre lorsqu’il entendit ces mots de l’un de ses gardes de corps, « Il peut être un beau type, mais en réalité, il n’est rien d’autre qu’une poule mouillée pour perdre connaissance en voyant du sang ». L’ego de Tèt swa prenait une raclée systématique.

« Étant donné que vous êtes jeune et en bonne santé, cet épisode probablement sera éphémère et vous serez bien portant. Cela aurait pu arriver à n’importe quel poulain. Ces mots rassurants tombèrent dans de sourdes oreilles. Ancrés dans l’esprit des soldats, l’un d’eux, un mou, ne pouvait supporter une scène de gore. L’explication du médecin ne changerait ni cette narration ni ce point de vue. Tout au long de leur retour vers la base, les deux gardes du corps ne cessèrent de provoquer Tèt swa. « Lorsqu’on porte des pantalons, on doit agir en conséquence. » La virilité revenait comme un leitmotiv, l’essence de la distinction entre le genre fort et le genre faible. Arrivé à la base, un brûlot l’accueillit. Le chef Toni alla droit au but : « Fillete, tu me casses les pieds. Je n’ai pas de place pour les fainéants. J’ai besoin d’hommes ingambes. »

Était-ce un licenciement ? L’annonce de son exécution sommaire ? Juste une exclamation sous le coup du courroux ? Tèt Swa n’avait pas la réponse à aucune de ces questions et n’osait pas demander au chef. Au pied du mur dans un sens ou une porte ouverte ? Ou bien une épreuve pour prouver sa loyauté ? Un chef de gang se sert de la ruse comme de l’oxygène. Tèt swa, un produit des rues avait le nez assez fin pour deviner que Toni lui tendait un piège subtil. Bien imbu des croyances superstitieuses du milieu, il sortit une réplique appropriée de sa boîte à outils, « Avec la baraka qui me protège, je suis très ingambe. J’ai survécu à un foudroiement. Je suis le genre d’homme dont vous avez besoin. »

Cependant ce fut le cas d’une différence sans distinction, car le mal a été déjà commis. Tèt swa traité comme fainéant rimait avec la réputation de cocu, et consolidait sa position de tête de Turc du groupe. Cette réputation de fainéant ne devait jamais être prise à la légère. Au demeurant, ce mot aussi létal qu’une balle conférait une souillure à la renommée et un manque de respect.  Cette souillure ne pouvait se laver que par le bain de sang d’un provocateur ou à défaut engendrait la perte de sa vie dans un bain de sang tôt ou tard aux mains d’un provocateur. Ce bourbier inédit inquiétait Tèt swa sans fin. Aura-t-il le courage de jouer au loup ou maintenir le casting de la brebis ?

Toni ne répondit pas. Il n’était pas homme qu’on pouvait berner facilement. Malheur à celui qui essaie de le faire ! Tèt swa fut escorté jusqu’à sa chambre. Il essaya de se reposer sur son lit, mais ne pouvait dormir, car entre l’absence d’Emilia et le silence du chef, il ne savait pas ce qui se mijotait. Il voulait à tout prix éviter un autre épisode d’évanouissement. La palpitation menaça de retourner. Il prit un comprimé comme par l’ordonnance, au besoin. Pas de signe d’Emilia, c’était un mauvais présage ! Quelques heures plus tard, deux gorilles, les mines foncées, l’accompagnèrent à la même salle où il chuta.

Assis sur une chaise, Toni l’invita. « Le genre d’hommes dont j’ai besoin obéit à mes ordres sans réplique. Êtes-vous prêt à vous comporter ainsi » ? Tèt swa hocha la tête, signifiant « Oui ».

—Venez avec cette merde de pute ! Toni passa cet ordre d’un ton tonitruant pour ébranler la salle. Vêtue d’une tenue de travail et d’un tanga extrêmement mince, sans soutien-gorge, Emilia marchait la tête baissée, le visage tuméfié, l’air sombre. « Évidemment elle a été torturée et forcée de parler. », pensa Tèt swa. Une rage s’empara de lui et déchaina une palpitation différente de la précédente. Celle-ci lui donna de la vigueur et l’audace de penser et d’agir comme un loup et de se débarrasser de l’attitude obéissante de la brebis. « Rusé comme le renard, fougueux et agile comme le loup. » Se dit-il. « N’aie pas peur. » Une voix intérieure murmura.

—Pose ton cul ici ! Gentille comme une brebis en face du loup, elle prit un siège.

—Alors, dis-moi ce que Tèt swa et toi planifiez de faire demain matin.

— Puisque nous sommes épris l’un de l’autre, nous voulions changer de vie et aller vivre ailleurs.

Cet aveu d’amour virevolta le cœur de Tèt swa et décupla sa force. L’absence d’Emilia ne s’expliquait pas par une sournoiserie, loin de là. Il allait se défendre quitte au prix de sa vie.

—Tu dois faire un choix. Je tue vous deux ou si tu veux rester en vie, tu lui donnes une balle à la tête.

           Tèt swa sut qu’il allait mourir ou bien sans honneur ou bien avec honneur. Il voulait choisir la première option, mais le rusé Toni changea d’avis aussi rapidement : « Alors obéis à mon ordre. Tue cette pute avec une balle à la tête si tu n’es pas un cocu. »

            Un vacarme interrompit la session. Des tirs nourris provenant des armes lourdes annonçaient une attaque par un groupe rival. En un clin d’œil Toni et ses soldats prirent leurs armes à feu pour joindre les autres et repousser cette invasion de leur terroir. Tèt swa rua vers Emilia qui lui dit dans un murmure, « Suis-moi, je connais un passage secret vers une sortie. » Ainsi, il la suivit après lui avoir donné sa chemise pour sauvegarder une apparence décente. Ils déambulèrent dans un corridor et à mi-chemin, elle poussa contre le mur pour révéler l’ouverture d’un passage souterrain. Elle referma la porte. Le passage était étroit, mais frais, éclairé par des détecteurs de mouvement phosphorescents et alimentés par des piles. Soudainement, Emilia poussa un cri d’épouvante à la vue d’une couleuvre de petite taille qui ondulait. Elle devint paralysée et éclata en sanglots. Tèt swa dut tuer le serpent avec sa chaussure, malgré tout, Emilia ne voulait ou ne pouvait avancer. Cette même personne que les brutes auraient du fil à retordre pour intimider ne supportait pas la présence d’un reptile, quelle que soit sa taille. Tèt swa posséda l’idée géniale de dire avec la puissance de persuasion aussi bien la tendresse d’un murmure, « Ferme tes yeux, tiens ma main et allons-y. » Emilia obtempéra, se sentant sécurisée par sa main. Cette démarche fut un succès, car plusieurs autres reptiles se faufilèrent furtivement, peut-être effrayés par la présence d’êtres humains. Tèt swa n’en souffla mot à Emilia. Il ne lui suggéra d’ouvrir les yeux que lorsqu’il vit la lueur qui filtra à travers la porte de sortie.

            La porte s’ouvrit sur un champ de maïs où on vit une cabane sise au milieu. « Je connais la dame qui habite là. Attends-moi ici et ne dis rien. » Souffla Emilia. Une dame dans la trentaine la salua en l’appelant « ma sœur ». Peu de temps après, vêtue d’une jupe et d’un maillot, Emilia, du doigt, invita Tèt Swa à venir la rejoindre. En témoignage d’hospitalité paysanne, Emilia eut l’opportunité de se laver même dans une maison sans eau courante et l’hôtesse insista pour partager un mets chaud et délicieux. Emilia demanda à son adolescent de se procurer sa tirelire au-dessous de son lit, protégée par un code secret, et ses effets personnels, tels que des vêtements et des sous-vêtements, dans son appartement. De retour, l’adolescent reçut un pourboire généreux, mais sa mère surtout écarquilla ses yeux quand Emilia lui tendit quelques billets en devise US. Emilia se changea en parure conservatrice. Elle échangea des textes avec le chauffeur qu’elle connaissait et il vint les chercher.

            Dans ce qu’une mauvaise langue pourrait qualifier de rôle traditionnel d’une pute et de son maquereau, Emilia apporta son avoir financier. Cependant, dans ce lancement des dés, elle misa sur ses sentiments, advienne que pourra, et son cœur en entier en faisait partie.  Tèt swa pour sa part, un puceau en matière de relations sentimentales faisait son baptême du feu avec Emilia. Les deux âmes n’avaient que l’une l’autre comme tout atout et le désir de bâtir leur vie sur une nouvelle base. Le futur était inconnu, mais le passé devait rester en arrière et ne plus faire partie de leur quotidien.

*******

5 ans plus tard.

Malgré vents et marées, Emilia et Tèt swa, maintenant connu sous son nom de baptême Maurice Barnier, conquirent les obstacles multiples pour devenir un couple complet. Elle a redécouvert un talent inné et oublié, la chanson, tandis que lui a découvert un talent caché qu’il ne connaissait pas en avoir : un musicien avec une oreille absolue. Ils s’étaient mariés et performaient comme un duo. Elle chantait et il l’accompagnait au piano. Elle participa à un concours de chant et fascina l’audience avec cette chanson qu’elle a écrite et qu’il a composée au piano :

La femme

 

Elle continue le peuplement en devenant une mère.

Elle est la meilleure personne sur terre

Pour prendre soin d’un nouveau-né.

Elle ira n’importe quelle distance à pied,

Déchirera son cœur pour protéger

Celui de sa création. Fera tout pour alléger

Toute douleur, mais n’ayant que les belles paroles

Des membres de la société comme consolation

Et non un engagement solennel de protection.

 

Si l’homme aime la femme pourquoi la martyrise-t-il ? (bis)

 

L’homme peut oublier sa création

Mais les tranchées sont trop douloureuses

Et on ne peut jamais oublier ce petit ange

Qu’on a porté pendant 9 mois

Une fois mère, cela reste pour la vie.

On ressent la douleur de ce petit ange

Où qu’il soit, malgré son âge. 

 

Si l’homme aime la femme pourquoi la martyrise-t-il ? (bis)

 

Pour plaire aux hommes,

Elle pratique le plus ancien métier du monde

Ces mêmes hommes qui ne peuvent

S’en passer de ses services,

Ils la traitent comme un animal. Pourquoi ?

Elle a toujours un cœur

Qui peut ressentir des sentiments profonds.

Ce métier ne peut exister sans des clients.

           

Si l’homme aime la femme pourquoi la martyrise-t-il ? (bis)

 

Nous sommes l’enfant, la sœur, la mère, la tante, la grand-mère, la cousine

D’un homme. Ce même homme n’hésite pas

À nous piétiner, nous agresser

À sa guise. Pourquoi ?

Pourquoi faire à une femme ce qu’on

Ne veut pas qu’on fasse à sa fille ?

Pourquoi est-il si difficile de respecter la femme ?

Si l’homme aime la femme pourquoi la martyrise-t-il ? (bis)




In Memoriam

Karl, tell him the way, he will be missed, but when he may turn and smile while joining his Creator, hold him a little in your arms and place a kiss on his forehead for us, so he will remember that, no matter where he may be, he will have always a special place in our hearts. Bon voyage Son.

Condolences of all the AMHE members to the Latortue family.

Maxime Coles MD

Karl Latortue Jr
Karl Latortue Jr

April 10, 2025


Dear Dr. Karl Latortue and Family,

There are few sorrows deeper or more unnatural than the loss of a child. No matter how many years have passed, a son remains a son, a cherished part of one’s heart and soul. The passing of your beloved son Karl is a pain that no words can genuinely soothe, but we want you to know that you are not alone in your grief.

It goes against the natural order we all hope for, which is that children will outlive their parents. When that order is reversed, it leaves silence and unbearable sorrow. Please know that this grief you carry is part of the typical journey through healing; it is a testament to your deep love and to the precious life that your dear son lived.

Though his life on this earth was cut short by suffering through illness, you may find comfort in knowing that he is no longer in pain. The strength you shared that he showed in the face of this adversity was extraordinary. The courage with which he lived—and the love he shared with those around him—shall remain as lasting gifts to the family who had the privilege of surrounding him.

In time, may your heart find peace in the memories you built together—the laughter, the milestones, the quiet conversations, and anything in between. Let those memories become the light that guides you through the dark moments. May you always feel his spirit close by, not gone, just transformed.

Please accept our deepest condolences. Our collective hearts grieve with you, and we hold you in our thoughts and prayers as you walk through this season of sorrow.

With sympathy and love from your AMHE family.

Sincerely,


Rony Jean Mary, MD

President AMHE CEC

and the members of the CEC





Gregoire Eugene MD
Gregoire Eugene MD

We met Gregoire Eugene MD on the benches at the Medical School in Haiti. He was a year my junior but we did not see each other for years because we were both attending intense specialization in the United States. This is only years ago that we met again at a party, in Port Ste Lucie at a friend's house. i did not recognize him because also, he was recuperating from medical problems.

I heard recently about his passing and my calls to his wife Maryse remained unanswered, not allowing me to divulgate the funeral arrangements. I want to take this opportunity to send my deepest sympathies to her and the children as well as the entire family and friends, in my name as well as, in the name of the entire AMHE.

He touched so many of our lives.

May the loving memories bring comfort, peace and strength. My heart is with you, in a time of sorrow. Greggy will be missed. Our God of Misericorde will receive him in his last home.

"Bon Voyage, Greggy et que la terre te sois legere".


Maxime Coles MD




Jean Claude Comeau MD
Jean Claude Comeau MD

Jean Claude Comeau MD

May 31, 1946-April 25, 2025


Jean Claude Comeau MD, from New- Orleans LA, passed away peacefully at home on April 25, 2025.

Born on May 31, 1946 in Port-au-Prince, Haiti, Jean Claude grew up in the vibrant culture of his homeland, where he also began his journey in Medecine by attending Medical School. In 1979, he proudly joined the United States Air Force, where he served with distinction as a pediatrician and rose to the rank of Colonel. He retired after 2o years of service, during which he not only cared for military families but also volunteered his medical expertise in Niger and Haiti, providing care to communities in great need.

Following his military retirement. Dr Comeau continued his life’s calling at LSU Medical Center in Shreveport LA, where he monitored and taught countless medical students while continuing to serve children and families with compassion.

A devoted father, man of faith and servant-hearted physician, Jean Claude was known for his calm, gentle presence and answering kindness. He had a joyful spirit that lit up every room and a deep, abiding belief in God that guided his life. Whether he was playing volleyball or soccer, volunteering his time or simply spending time with his beloved family, he lived with humility, love and purpose.

He was a shinning example of a life well-lived: gentle, moral. Kind-hearted and true to his faith and values. His quiet strength and loving spirit, left an indelible mark on all who knew him. Above all, he cherished his family and his legacy of love and integrity will continue to live on through the countless lives he touched.

A memorial service will be held on Saturday, May 10, 2025. At St Martin de Porres Catholic Church, in New Orleans. Visitation will begin at 3:00 a.m. The eulogy at 10:30 a.m., and Mass will follow promptly at 11: a.m. A repast will be held immediately after the service.

In lieu of flowers, donations may be made in Dr Jean Claude Comeau’s honor to St Jude Children’s Hospital at stjude.org.


The AMHE would like to present its sincere condolences to his wife Circee Comeau and children Claude Michael Comeau, Allison Dornbach-Comeau, Betsy Comeau and Farrah Comeau and to all other families and friends affected by his death. His mission on earth is over and he left us to join his Creator. Safe travel my friend and rest in your last refuge.


Maxime Coles MD





Dear AMHE Member,


By this email, the Governance and Ethics Committee, mandated by the Board of Trustees, as per the AMHE Bylaws, informs the membership of the A.M.H.E. Incorporated that there is an election of new Officers of the Central Executive Committee (CEC) this year.


Six officers for the CEC will be elected, including the:

• President-elect,

• Vice president,

• Treasurer,

• Assistant Treasurer,

• Secretary, and

• Assistant Secretary.


The position of CEC president is not open because there is a President-Elect. The elected officers will assume their positions immediately after the General Assembly meeting in July 2025.


Members interested in being a candidate for one of the positions should apply by completing the Candidacy submission form at the following link: https://forms.gle/k1NanQFYeG866Ur46

The duly completed form will be submitted to the Governance and Ethics Committee for the attention of Dr. Remy Obas and Dr. Ducarmel Augustin, of the Governance and Ethics Committee, at the following email addresses obas6@aol.com, daugustinmd@gmail.com.


ALL requests should include the following information:

• Position of Interest

• Membership Origination Date

• Convention you attended within the last three years.

• Any administrative positions you held in the AMHE in the past.

• Proof of your paid membership dues for 2024.


You can access the existing Bylaws of the Association to review the required qualifications for and the attributions of the different positions in the CEC, posted on the AMHE website at https://amhe.org/bylaws/AHME_Bylaws_2023.pdf

Your application for a position must be submitted by June 5th, 2025. If you have any questions, please get in touch with Dr. Remy Obas at obas6@aol.com.


Sincerely,


The AMHE Governance and Ethics Committee



AMHE  Annual Convention
AMHE Annual Convention

Good evening AMHE Friends and Families,

This is a special reminder that the registration for this year's Annual AMHE Convention in Guadeloupe will be closing soon. AMHE thanks those of you that have already registered. You are in for a special treat as the "2025 Guadeloupe Jazz Festival" will be occurring during our stay there. Our hotel "La Creole Beach Hotel & Spa" will be at the center of the festival.

Do not delay anymore as the clock is ticking. Here is the link to register: AMHE 2025 Convention

You will receive an invoice once you register

Tick.....tock.....tick......tock ......https://w3.countingdownto.com/g/dHaUxuyV4r36Cg




Maxime Coles MD
Maxime Coles MD

Face cachée de l’Amour

Maxime Coles MD

Elle me parait un peu distante et pensive.

Quand je la revois assise a cote de ses parents.

Elle sourit sans froncer les sourcils

Telle une chatte capricieuse dans son logis.


L’amour et la haine sont sœurs jumelles,

Toutes deux issues de la vie et de la mort.

L’une réconforte et apporte douceur.

L’autre sème misère et impose douleur.


L’amour revêt des couleurs de la pureté,

La haine apporte froideur et rancœur.

L’une parade les nuances de la beauté

Alors que l’autre cache la bonté du cœur.


Compagnes de la Lumière ou rivales des Ténèbres,

Elles sont passées maitresses dans l’art de guider.

L’amour nous conduit vers l’ange du paradis

Et la haine nous escorte dans un labyrinthe infernal.


J’ai découvert en elles, cette face cachée du bonheur

Quand a la croisée des chemins, nos regards se sont rencontres.

J’ai vécu avec passion des désirs foncièrement déceptifs

Et j’ai vite compris que l’un s’accrochait à l’autre.


Maxime Coles MD (Boca Raton FL 8-23-21) Ce poème est dédié a toutes les femmes qui vivent un amour vrai.



Rony Jean Mary MD
Rony Jean Mary MD

ÊNTRE RÉSURRECTION ET RÉINCARNATION, QUE FAUT- il CROIRE ?


Rony Jean Mary MD


Si vous me demandiez , entre la résurrection ou la réincarnation , deux concepts à la fois philosophiques et religieux , deux courants de pensée étayant sur la “vie après la vie,” lequel me paraît le plus probable ? je vous répondrais que, n’ayant pas fait moi-même une telle expérience, je ne suis guère en mesure de répondre avec certitude sur ce qui a lieu dans l’au-delà, ni même si celui-ci existe vraiment …

Dans l’un comme dans l’autre de ces deux concepts, l’essence de notre être serait appellé à connaître une nouvelle vie ou plusieurs vies en laissant l’enveloppe charnelle qui nous recouvre aujourd’hui…

Cependant, au risque de me tromper, je dirais que, pour résurrection il y en ait,

il faudrait que l’on revienne dans la même forme que le souffle avait quitté le corps au moment de mourir .

Or, on nous a appris qu’au moment de la résurrection , le corps corruptible doit se transformer en un corps incorruptible ; ce qui peut faire penser qu’il ne s’agit point là d’une résurrection puisque l’être ne va pas revenir dans sa totalité ou dans sa forme antérieure.

Par contre, je crois dans le voyage éternel de l’âme qui chevauche des corps les uns après les autres, à leur naissance, ou peut-être même dès le sein maternel, et qui se recycle plusieurs fois de suite…

Des livres occultes prétendent que nous serions morts plusieurs fois déjà et que nous aurions ainsi connu des vies antérieures à celle où nous sommes en train d’évoluer en ce moment .

De plus , nous semblerions meme avoir choisi nos parents , nos amis, ceux de notre entourage actuel bien avant de venir dans ce monde…

Nous avons l’impression des fois , en foulant certains lieux pour la première fois, que nous y avons déjà été dans un passé lointain…Cette étrange sensation est le résultat d’un passé jadis connu ou vécu et qui remonte de notre mémoire lointaine. Meme notre intuition vis avis de certains sujets , de certaines décisions à prendre semblerait provenir d’expériences antérieures à la naissance et qui dicteraient notre comportement actuel.

Ces intuitions , produits de la mémoire lointaine,jointes à la somme des expériences du monde présent, c’est ce qui détermine notre personnalité actuelle : ce tout complexe , où s’entre maillent des caractéristiques individuelles , et qui est le résultat de nos expériences émotionnelles et autres…


Autant dire , du point de vue tempérament , caractère, personnalité ou autres, qu’Il n’y aurait qu’un pas entre la personne que nous sommes dès la naissance, et celle que nous allons devenir au fil des ans .

De même, les personnes hypnotisées sont capables de remonter à la surface avec des données et des expériences cachées ou ensevelies depuis des temps immémoriaux dont elles n’en étaient même pas conscientes. La personne serait même capable de remonter à la planification qui a eu lieu avant sa venue au monde.

En fait, la littérature pullule de ces cas où des gens sont tellement tripotés par des vies antérieures que leur existence quotidienne est comme un enfer jusqu’à ce qu’ils trouvent moyen d’en édulcorer les effets .

Un garçon de neuf ans pouvait tout expliquer sur l’aéronautique , et avait pourtant des difficultés à dormir tous les soirs tellement il se sentait dans un gouffre, et en état d’étouffement…il se nommait James Leininger. On se rendra compte un peu plus tard , qu’il avait réincarné James Huston un officier de 21 ans dont l’avion avait été abattu au dessus du pacifique, au cours de la deuxième guerre mondiale. Il y a aussi l’histoire d’un enfant blanc né à Seattle , USA , aspirant à la succession du 14e Daila Lama selon la tradition “Gelug”, au Tibet, et très pressenti pour être le prochain Daila Lama.

Cet enfant étudie au Tibet à présent. il y avait été laissé par sa mère pour en recevoir les instructions appropriées alors qu’il n’avait que sept ans. Mais Il semblait déjà tout connaître de l’hindouisme avant même qu’il n’y était encore arrivé .

Ces exemples aident à comprendre que nous avions eu d’autres vies avant celle -ci , et dont nous ne souvenons guère…

En fait , l’existence serait trop encombrante , truffée de trop de bagages à gérer , s’il fallait revenir à chaque fois avec tout ce qu’on avait enduré au cours des vies antérieures.

Le concept Bardo ou Bardos de la religion tibétaine serait une étape intermédiaire par où passerait l’âme avant sa réincarnation…le bardo offrirait une chance de libération de l’âme à maintes étapes de la transition de celle-ci, et permettrait de déterminer si l’âme doit échapper au Karma ou non.

Certaines tribus de l’Inde mangent de la chair humaine et vivent dans des crématoriums pour briser le cycle de la renaissance et se libérer du processus de réincarnation.

Le mot karma tel que mentionné ici ne devrait pas se définir en terme de punition , de sort , ou de châtiment pour des actes perpétrés par quelqu’un au cours de son existence terrestre..Il s’agirait plutôt d’un principe selon lequel toute action engendre une réaction, une sorte d’équilibre entre le bien et le mal, entre la vérité et l’erreur..Ce réajustement est vu comme une sorte d’épuration supplémentaire que doit subir l’âme avant d’atteindre l’étape de sublimité absolue à laquelle elle aspire...

Dans le Karma, tant que la leçon n’est pas apprise, le schéma persiste..Certains ouvrages parleraient de sept réincarnations de l’âme avant son épuration finale..

Le bardo comprendrait plusieurs phases et serait une étape intermédiaire entre deux vies successives.

Cette étape permettrait de réfléchir sur la vie passée comme sur celle à venir , et de choisir quelle route l’âme devra emprunter dans sa prochaine orientation..

Ainsi, nos actions sont comme des fils interconnectés,tissés dans une même tapisserie infinie de liens, de sentiments et de pensées.

Conclusion:

La mort que nous craignons tous,ne serait pas cette fin chaotique telle que nous nous l’imaginons , mais bien le prolongement de la vie avec la quelle elle constitue un tout indivisible.

Nous ne serions qu’une note dans cette symphonie universelle qui se joue de manière infinie…

En effet, des livres interdits et d’autres livres occultes affirment que

nous aurions été morts plusieurs fois déjà ; Et, plusieurs fois aussi , nous serions revenus à la vie, au monde plus précisément.

Alors plus question de craindre la mort!!!

La vie ne serait pas le résultat d’une série de coïncidences mais un schéma où tout serait planifié à l’avance..

Il faut dire cependant que les limites de cette loi où tout serait pré-établi , pré déterminé , résident dans le fait que la société dans laquelle on évolue a une grande part dans le façonnement de qui nous sommes , et dans la personnalité que nous nous forgeons au fil des ans.

Il faut aussi se demander si les enfants qui meurent ou laissent notre monde, à un âge relativement jeune , transitent à travers le même couloir Karmique que ceux qui ont une vie plus ou moins longue?

Quoiqu’il en soit, en comprenant la réincarnation, cela permet de déverrouiller les couches les plus profondes de notre existence.. Car, nos parents qui nous nourrissent , nos amis qui nous soutiennent, nos amants et meme nos adversaires semblent être prédestinés pour le rôle qu’ils jouent dans la formation intrinsèque de notre être…

Et, c’est dans un royaume hors de ce monde,antérieur à la naissance, où le temps est figé , et ne se définît pas comme nous l’entendons, que se planifierait notre vie à l’avance..


Rony Jean-Mary, M. D.

Coral Springs, Florida

Le 4 Mai 2025


References :

Les livres interdits :

Nous étions morts plusieurs fois déjà:

Many lives, Many Masters:Brian. L. Weiss, M.D.

Same soul , many bodies: Brian. L. Weiss, M.D.

Reincarnation, the law of Karma:

William Walker Atkinson

La sainte bible..

Google: the case of James Leininger



Click on document below to open the INFOCHIR RHCA no 50 02 05 25 c.pdf


                        Rony Jean Mary MD
Rony Jean Mary MD

Les Cloches De Mon Village


De passage à Hinche, un mois de Mai, j ‘ai été réveillé vers 4 heures du matin par la cloche de la première église baptiste de la ville qui retentissait à quelques lieues de l’ancienne maison familiale..De prime abord, le son paraissait anodin et j ‘avais du mal à me situer, me croyant encore chez moi à Ll, NY où je vivais depuis quelques années.Je me demandais alors pourquoi une cloche retentissait au beau milieu de la nuit ou si je rêvais les yeux ouverts ? Et j’ai fini par réaliser que parfois le corps physique peut être en voyage alors que l’esprit de son côté, , reste en déphasage…

Mais à mesure que j’y pensais et que j’écoutais de plus près, cette cloche allait ressusciter en moi tout un pan de souvenirs que je croyais pourtant ensevelis à tout jamais dans ma mémoire lointaine.

Car entendre ce carillon à l’aube, à demi- éveillé dans cette maison de la rue Claire heureuse, allait en dire long sur le chemin parcouru jusque-là, et de l'enfance tendre et joyeuse dans cette nature luxuriante qui invitait à inhaler à plein gosier, encore et encore,l'air frais qui descendait des collines avoisinantes..

En ces temps-là, la savane de l’hôpital était couverte de brouillard jusqu’à midi près, et les clochers des églises,du haut de leur silhouette, etaient les seuls points de repère de cette ville endormie que nous pouvions encore admirer depuis les pics de Sapaterre ou du Fort résolu. La ville à l’époque ne comptait pas tant d’habitants ni de grands édifices comme on en trouve aujourd’hui..

Le soir, très tard, on jouait au " lago lago ti sanglé et au cache-cache Lubin"; On chantait “au clair de la lune mon ami Pierrot, prête moi ta plume pour écrire un nom”. D’autres jeunes filles chantaient “ A la pêche aux crabes, au crabes, crabes.. je ne veux plus aller maman..les gens de la ville , ville, ville, ont pris mon panier Maman “..

Entre-temps les tiges de canne -à- sucre aussi bien que des mangues fraîchement ramenées de la ferme,passaient de mains en mains, jusqu’à ce que les clairons de la caserne se mettent en branle et viennent announcer l'heure tardive .

Ces clairons rappellèrent à tous qu'il etait temps de rentrer pour dormir ou se mettre à l'abri..

Un premier, puis un deuxième son de clairon retentissait qui retentissaient entre dix et onze heures du soir. Le troisième coup arrivait à onze heures…La ville sombrait alors dans une lethargie profonde jusqu'au petit matin..


Papa qui jouait au domino et au Bézique quelque part avec Suscepté et l’Arpenteur Sonson s'empressa de rentrer à la maison….Nous dormions d’un sommeil léger jusqu’à ce qu'il frappe , entre et ferme la porte derriere lui..

Passée cette heure-là, si elle vous surprenait dans les rues, la gendarmerie pouvait vous interpeller en vous disant : halte- là, qui êtes vous? Et vous deviez déclin votre identité :un tel, un tel..citoyen Haïtien,..On vous laissait alors partir …s’il n’y avait aucun motif de rétention ou de détention contre vous


J’étais obsédé par le rôle que jouaient les cloches de la ville, comment elles menaient la cadence du matin au soir et regulaient nos vies et nos moeurs.

D'abord, il y avait la cloche de frère Musset qui retentissait depuis le toit de l'eglise Baptiste à coté de la caserne. Esténiot Vincent..Ce son nous parvenait à Quatre heures du matin, et nous rappelait que les loups- garous, les bandes zobopes , bizango ou autres, qui infestaient la nuit depuis plus de quatre heures allaient renter chez eux , et que nous allions redevenir maîtres de la journée.


Mais frère Musset qui avait pour tâche de sonner la cloche depuis plus de quarante ans, insomnie de vieillesse aidant,se trompait quelque fois , se réveillait bien trop tôt, et sonnait la cloche bien avant l'heure, ce qui mettait en péril les commercants comme Estelle ma vieille tante qui partait un peu trop tot pour les marchés locaux avoisinants.. On disait que Frère Musset dormait à l’église chaque soir , meme s’il n’y habitait pas, de peur de ne pas se tromper d’heure . Certains prétendaient l’avoir entendu marcher à l’intérieur de l’église longtemps après sa mort, à l instar de cette vielle infirmière et superviseuse , morte depuis des années et dont on entendait cependant les pas chaque soir après minuit, comme si elle passait inspecter le travail des gardes de nuit dans cet ancien hôpital de la banlieue de Londres..

Au troisieme son de l’église , il était alors 5 heures du matin ; et les cocorico venant de ces coqs qui chantaient leur bonjour au soleil , perchés du haut des arbres , ou mieux depuis les basse-cour , devenaient de plus en plus ahurissants., pestilentiels.

A 6 heures du matin l'eglise catholique qui venait de construire un superbe clocher entre 1967 et 1968,donnait la réplique à la cloche de frère Musset.C'etait le temps de se preparer pour la messe du matin.

La meme cloche enchaînait jusqu'à sept heures trente invitant les enfants à se mettre en route pour l’école , la rentrée des classes étant prévue pour huit heures du matin , donc de bonne heure..

Les quelques rares employés de l’Etat qui remplissaient les postes administratifs ne semblaient guère obéir aux diktats de la cloche puisqu’ils pouvaient rentrer au bureau quand bon leur plaisait. Pour ceux-là cependant, élèves ou autres travailleurs des champs venant des campagnes avoisinantes, et qui avaient un trajet plus long à effectuer, il fallait se lever et partir un peu plus tôt…

A 12 midi pile ,à une heure et une heure et demie , la même cloche retentissait à nouveau….Et, même s'il était permis d'etre encore à Guayamuco et à Hinquitte , les deux grandes rivières qui baignent la cité, on savait tous que la journée n'etait pas terminée, et qu’il fallait reprendre le chemin de l’école qui ne finirait que vers quatre heures de l’après-midi.

A l’époque l’école ouvrait ses portes deux fois dans la journée pour accueillir les élèves,; Une sieste entrecoupait la journée entre onze heures du matin et deux de l’après-midi.

À 6 heures du soir , la cloche de l’église catholique sonnait une nouvelle fois .C’etait bien bien l'angelus qui s’annonçait ! Quand la lune trônait dans le firmament, on en avait encore pour quelque temps avant que la ville ne sombrât dans une monstrueuse noirceur..


ll n’y avait pas d’électricité à plein temps, et la nuit était considérée dangereuse, surtout quand le vieux générateur tombait en panne et n’arrivait pas à démarrer malgré les efforts incessants et louables de Leconte , de John , de Odilès , et des autorités locales. Les parents commençaient à rassembler leurs petits comme font les poules qui abritent leurs poussins sous leurs ailes lorsque tombe la nuit.


Enfin, quand le curé de la paroisse , “monpère comme on l’appelait, revenait d’un long voyage en terre étrangère , ou à la suite d’une longue absence , la cloche carillonnait joyeusement aussi pour annoncer son retour ..Les moins de cinquante ans peuvent ne pas savoir que le clergé était blanc et notre éducation blanchement chrétienne.Mais maintenant, je ne sais plus ce qu’elle est, non plus ce qu’on enseigne à nos jeunes...

Les dimanches enfin, pour s’assurer d’une bonne audience à l’église, les protestants comme les catholiques faisaient retentir leurs cloches à longueur de journée..

Il y’a bien plus de souvenirs et d’histoires palpitantes que l’on pourrait associer aux cloches de ma ville. Tout comme chaque petit coin , chaque village du pays doit bien avoir son histoire de cloche à narrer….

Les Cloches de mon village , ces temps de nos vies qu’elles régulaient autrefois comme une aiguille trotteuse sur un cadran horaire , prennent désormais la courbe descendante d’une asymptote qui n’a pas dit son dernier mot . Elles retentissent encore dans ma tête comme au temps de mon enfance; Et malgré les heures qui s’épuisent inexorablement, telles les eaux du Nil descendant vers la Méditerranée, je ne puis me défaire, quand l’aube s’annonce, des pulsions et des empreintes qu’elles laissent désormais sur ma vie.

Car, c’est dans chaque village que je traverse , et où trônent un clocher et une silhouette d’église, semblables à ceux de l’église paroissiale plusieurs fois centenaire de ma ville natale , que montent les souvenirs qui ont hanté mes premiers jours , et qui me chevauchent , me submergent, aussi loin que je puisse me retrouver….


Rony Jean-Mary, M.D.

Coral springs, Florida

Le 2 Mai2025






 
 
 

Comments

Rated 0 out of 5 stars.
No ratings yet

Add a rating
bottom of page